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Chemin de traverse

François Villon

François villon poète argotique, jongleur de mots et ciseleur de rimes, orfèvre de la langue verte et chantre des bas-fond.

Voici pour courte présentation.

Cependant Villon ne se résume pas à cela.

C'est une énigme de l'histoire de la littérature Française.

Les incohérences dans son Testament concernant son autobiographie sont nombreuses.

A savoir :

  • Comment lui pauvre escolier connait-il les personnages les plus puissants du parlement, de la cour des aides de Paris ?
  • Pourquoi dans des documents retrouvés l'appelle t-on François de Monterbier, puis François des loges ?
  • Pourquoi trouve t-on des déformations de nom, des listes de personnages réels et qui sont tous liés à des procès ? 
  • Pourquoi compose t-il certaines de ses ballades en Picard Wallon ?

Et si le postulat de départ concernant François Villon était faux ?

Si ce n'était pas une autobiographie mais une œuvre de fiction, une farce judiciaire que l'on nous propose ici ?

Il est maintenant admis pour certains, que le Testament de Villon comporte 3 niveaux de lecture, 3 niveaux d'interprétations.

Il rejoindrait en cela l'art des troubadours, l'amour courtois dans le style du Trobar clus ( sens ésotérique, hermétique ) en se servant de l'argot ou langue verte.

L'argot est un langage codé et donc secret employé par des voleurs, des brigands mais aussi des clercs de justice.

Villon le connait, le parle et l'écrit selon Pierre Guiraud, linguiste qui se réfère aux archives du procès des coquillards à Dijon en 1455 permettant de faire des liens avec le vocabulaire employé par le poète dans 6 ballades et l'argot des coquillards. 

 

Le premier niveau et le plus simple à comprendre, est celui de la mise en garde adressée à ses compagnons d'infortune.

Le deuxième niveau est un code de la duperie.

Le troisième parle de sexualité et principalement d'homosexualité. 

 

 

 

Qui est François de Montcorbier, François des Loges ?

 

 

C'est Pierre Levet en 1489 l'un des premiers imprimeurs Parisiens qui publie "Les Ballades de François Villon" l'une des plus anciennes traces de l'argot Français. 

Ballade en "jobelin" qui souvent met en garde ses compagnons d'infortune contre le gibet de Montfaucon.

Puis Clément Marot encouragé par son mécène le roi François I publie en 1533 une nouvelle version en s'appuyant nous dit-on, sur les documents les plus anciens.

Villon est apprécié de son vivant pour son esprit narquois, sa gouaille mais rapidement oublié au milieu du XVI pour ré-apparaître au XIX siècle.

 

Une question et non des moindres se pose, quant à la véritable identité de François Villon.

Il se trouve que dans des documents d' archives, il est appelé François de Monterbier et non de Montcorbier ou François des loges.

Simple erreur de copiste ?

 

Voyons ce qui ressort de sa vie dans le postulat du Testament autobiographique.

 

François de Montcorbier ( originaire de Bourgogne nous dit-on ) ne connait pas son père et vit avec sa mère jusqu'à ses 7 ans. Le foyer est pauvre et sa mère confie l'enfant comme il était souvent coutume dans ces cas là, à un clerc en espérant sauver François de la misère.

C'est donc Guillaume de Villon qui devient le tuteur de François de Montcorbier ce dernier prenant le nom de François de Villon.

Guillaume de Villon est professeur de droit et chapelain à l'église Saint Benoit le Bétourné. 

 

 

L'église Saint Benoit le Bétourné est une curieuse église sise rue Saint Jacques, à la hauteur de la ruelle de Saint Jean de Jérusalem menant à la commanderie des Hospitaliers de Saint Jean et qui est contrairement aux églises romanes orientées non vers l'Est mais vers l'Ouest.

Elle fut fondée au VI siècle nous dit-on par Saint Denis le premier évêque de Paris. 

Elle fut vouée aux martyrs Bacchus et Serge qui selon l'historien John Boswell étaient un couple homosexuel marié selon le rite chrétien l'Adelphopoiia.

Cette tradition dite d'union spirituelle entre 2 frères fut proscrite au VIII ou IX siècle mais persista jusqu'au XI siècle.

 

Serge et Bachus avec Jésus au centre, icône orthodoxe du VII siècle
Serge et Bachus avec Jésus au centre, icône orthodoxe du VII siècle

Devenue paroisse au XII siècle puis collégiale sous l'invocation de la trinité et de Saint Benoit elle fut le terrain de jeux de Villon.

En effet, c'est en ce lieu que François grandi dès l'âge de 7 ans confié par sa mère à Guillaume de Villon chapelain alors de cette église.

Proche de l'église Saint Benoit se trouvait l'école de François rue du Fouarre ainsi que le couvent des Mathurins, la commanderie des Hospitaliers de Saint Jean, le collège de Cambrai et celui de Tréguier. Nous sommes sur la rive gauche de Paris en plein quartier universitaire avec la Sorbonne et sa prestigieuse bibliothèque.

 

Église Saint Benoit le Bétourné - François Villon
Église Saint Benoit le Bétourné - François Villon

 

Il apprend donc à lire et écrire à l'école rue du Fouarre et avec les moines du cloitre de l'église Saint Benoit et vers 14 ans entre à la faculté des arts et se destine à la cléricature.

Il est bachelier à 18 ans en mars 1449 et licencié à 21ans en 1452 et c'est son maitre ( tutorat ) Jean de Conflans procureur issu de la maison de Brienne ( Champagne ) qui lui remet la barète, le bonnet, les gants et les livres lors de la cérémonie de remise du diplôme de maitre es arts.

François porte désormais la tonsure des clercs.

Il est dès lors sous protection de l'église, ce qui signifie qu'il est à l'abri des contraintes judiciaires, fiscales et militaires même s'il n'embrasse pas la carrière ecclésiastique. 

Une nouvelle question se pose cependant.

Comment a t-il pu financer ses études relativement couteuses ?

En effet, les écoliers ayant obtenu la maitrise à cette époque ne représentent que 10 à 20% des étudiants. C'est le seul Parisien de sa promotion cette année là parmi les 12 licenciés en France. ( Source : De moi pauvre je veux parler, Sophie Cassagnes Brouquet p81 )

De plus, il ne parle jamais afin de financer ces études de travailler, donner des cours à des écoliers, copier des manuscrits..

Devons nous en déduire que Guillaume de Villon a pris sous son aile la totalité de l'éducation de François et payer ses études ?

Ce qui signifie qu'il est un privilégié issu de la classe populaire ( ou pas ?... ) et fréquentant les fils de magistrats, neveux ecclésiastiques, toute la jeunesse dorée de l'époque et ainsi les futurs notaires, procureurs, clercs de France.

 

Contexte

 

Les chanoines de Saint Benoit le Bétourné haïssent les ordres mendiants que sont les Dominicains, les Franciscains, les Augustins et les carmes car ces derniers font mains basses sur les aumônes et le monde universitaire.

En 1456 les curés et les professeurs d'université se liguent contre les ordres mendiants. Ces derniers portent plainte au parlement de Paris qui propose un compromis.

François Villon se moque d'eux dans certains de ces poèmes.

Il les dépeint en paillards et aimant la bonne chaire.

 

Item, je lègue aux ordres mendiants, 

Aux filles de Dieu et aux Béguines,

De délicieux morceaux de choix,

Des chapons, des pâtés, des poules bien grasses,

Et qu'ils annoncent ensuite la fin du monde

Et recueillent le pain des deux mains.

Les carmes chevauchent nos voisines,

Mais ils font bien d'autres choses encore.

 

Les grèves à l'université se multiplient et Villon profite de ces instants de liberté pour fréquenter les tavernes, et les bordels. 

Il ne retournera jamais à l'université pour étudier le droit, la théologie ou la médecine,  devenant ainsi un joyeux follastre.

Ses moyens de subsistance sont inconnus mais nous savons que Maitre Guillaume De Villon pourvoit au logis et à la nourriture.

Villon est-il professeur pour les étudiants de la Basoche au châtelet ou au parlement ?

Il semblerait plutôt qu'il mène une vie de bohème, traine dans le milieu interlope Parisien, s'acoquine avec "les coquillards", les voleurs, les pipeurs, les prostituées apprend la langue verte : l'argot.

 

Milieu interlope Parisien au XV siècle

 

Villon et ses amis se retrouvent dans les tavernes Parisiennes pour boire, jouer aux cartes, élaborer des blagues potaches propres au milieu estudiantin de l'époque. Il fréquente régulièrement la taverne de la pomme de pin et celle du Grand Godet

La taverne de la pomme de pin  est située sur l'île de la cité, rue de la Juiverie, face à l'église de la Madeleine-en-la-cité ( ancienne synagogue du IX siècle ) près du pont Notre Dame détruite pendant la révolution Française.

Le propriétaire de la taverne de la pomme du pin sous François Villon est Robin Turgis.

 

Emplacement Taverne Pomme de Pin en face de la Madeleine - Paris
Emplacement Taverne Pomme de Pin en face de la Madeleine - Paris

 

 

Le Grand godet, place de grève ( emplacement actuel de l'hôtel de ville )

 

Les coquillards à l'époque de Villon sont pour beaucoup des soldats démobilisés ( fin de la guerre de 100 ans, fin guerre contre les Anglais... ) sans revenus et vivant de larcins, de vols au travers des routes de France. En 1447 Charles VII édicte des lois contre le brigandage et la mendicité en réponse aux problèmes que suscitent des Bohémiens venu de l'Inde et qui résident pour certains à Paris, et aux plaintes contre les compagnons de la Coquille, faux pèlerins du chemin de Saint Jacques volant et trompant les gens en vendant des fausses médailles.

Tout ce petit monde de la misère humaine se côtoie et se mélange.

La Coquille est une véritable corporation divisée en spécialités :

  • les crocheteurs ou saupiquets ( piqueurs ou picards)
  • les faux-monnayeurs
  • les pipeurs
  • les voleurs
  • les tueurs

Suite à une arrestation d'envergure de coquillards et un procès en 1455, un rapport du procureur est rédigé sous le nom 'd'enquête sur les coquillards".

Ce rapport a permis d'avoir plus d’éléments sur cette corporation de brigands.

Villon était certainement l'un de ses membres même si son nom n'apparait pas sur la liste des suspects du procureur Rabustel. Ses fréquentations dans ses écrits ne laissent pourtant aucun doute à ce sujet puisque les amis proches de Villon étaient pratiquement tous de la coquille.

  • Régnier de Montigny
  • Christophe de Turgis
  • Colin de Mayeux

 

Coquillards, bons voleurs à l'embrouille

Moi je vous chante de vous garder

Que vous n'y laissiez peau et os

Car devant les cognes, il a bien bavassé

Colin de Mayeux, appelé l'escalier

C'est pour son salut qu'il s'est mis à table

Mais ne connaissant guère la cuisine

Voilà le bourreau qui lui casse la nuque.

Pensez souvent à changer de frusques

Et mettez vous à l'abri au Temple

Les jambes au cou il faut vite décamper...

 

Villon membre la coquille SI on part du postulat que le Testament est autobiographique et qu'il a véritablement connu Colin de Mayeux....

Mais il en est tout autre, SI on considère le postulat de la fiction, de la farce judiciaire qui aurait été écrite par un membre de la justice ( de la Basoche ) elle même.

Pour quelle raison, retournement contre sa famille ?

Lutte intestine au sein de la basoche ? 

Dans ce cas, Villon aurait été membre de la basoche, connaissant les personnages influents de la justice de l'époque, connaissant l'argot, ayant accès aux dossiers judiciaires. Ce qui expliquerait bien des incohérences.

 

 

La basoche. C'est en 1303 que Philippe le Bel autorise les clercs des procureurs à former la corporation de la Basoche avec des privilèges qu'ils gardèrent pendant 500 ans. 

La Basoche fit une guerre acharnée aux prétentions, aux ridicules et aux abus de la justice. Elle pratiquait la Gaie Science ou langue verte, langue codée compréhensible pour les initiés.

 

La Basoche dont est proche Villon est un groupe de jeunes clercs comme lui et relativement turbulents et farceur qui sème la pagaille dans les rues de Paris avec les étudiants de l'université. Ce sont des jeunes juristes diplômés de la cléricature voulant devenir procureur, greffier, avocat... et qui secondent les procureurs du parlement de Paris.

La basoche est en fait une corporation de jeunes juristes qui fonctionne avec ses codes et ses règles. En effet, cette organisation est présidée par le roi de la basoche qui reçoit le roi de France lors de sa venue dans la ville.

Un peu moins protocolaire, elle organise également des spectacles burlesques comme le mardi-gras ou le roi de la basoche avec ses sujets sont travestis et masqués pour un simulacre de plaidoirie plaidant des causes dites grasses, salaces et obscènes.  

Ils sont les rois du charivari, un rituel semblant remonté aux processions Dionysiaques qui consiste en un regroupement de personnes masquées venant faire du bruit la nuit devant une maison afin d'humilier ses habitants devant tout le monde.

 

" Attablés devant un godet de vin, dans une taverne, étudiants et basochiens imaginent toutes sortes de canulars et de farces pour ridiculiser les bourgeois parisiens. Ils composent des ballades et des poésies salaces, de faux sermons et parodient le latin des clercs et des juristes, se moquant de tout et de rien non sans éprouver une certaine rancœur contre les nantis. Leur idéal de vie est celui que François proclame dans le refrain de La ballade de la bonne doctrine : Tout aux tavernes et aux filles."

De moi, pauvre je veux parler.

S.Cassagnes-Brouquet

 

Avec ses spectacles burlesques, il est dit que la Basoche est à la source de la fondation de la Comédie Française avec les Soties et les enfants-sans-souci.

Elle fut réprimée sous Charles VII en 1442 car la Basoche s'illustrait avec des moqueries, des pamphlets sur la faiblesse du roi et de ses proches contre les Anglais.

En 1444, la faculté de théologie interdit la Basoche à cause de l'immoralité de leurs moralités.

 

Sous le règne de Louis XI il est également interdit de jouer à Paris des farces, des soties sous peine de bannissement du royaume et confiscation des biens.

 

Mais continuons avec le postulat autobiographique.

 

Villon et le meurtre du prêtre Philippe de Sermoise - 1455

 

En 1873 Auguste Longnon et Marcel Schwob font des recherches concernant François Villon et trouvent dans les archives des documents sur le meurtre de Sermoise et le cambriolage du collège de Navarre.

Dans la nuit du jeudi 5 juin 1455 Villon qui discute avec un prêtre nommé Gilles et une certaine Isabeau se voit agressé par le prêtre Philippe de Sermoise et Jehan le Merdi un clerc du collège de Tréguier.

Pour quelle raison ?

Nul ne le sait, encore un mystère, cependant s'ensuit une bagarre à la dague entre les deux hommes qui se termine avec un jet de pierre au visage de Philippe de Sermoise qui tombe raide mort.

Jehan le Merdi appelle les sergents du châtelet qui recueille alors l'étrange témoignage du prêtre qui se plaint d'avoir été blessé par François Villon mais ne souhaite pas le poursuivre et lui pardonne pour des raisons qu'il ne souhaite pas révéler...

Il décédera à l’hôtel-Dieu le samedi 7 juin.

Villon s'enfuit de Paris et ne reviendra qu'en janvier 1456 après avoir été gracié 2 fois ( 2 suppliques adressées à la chancellerie par Villon au nom de François Monterbier et l'autre au nom de François des Loges ) par le roi Charles VII.

Deux suppliques ? Étrange.

De toute évidence il devait avoir des connaissances haut placées pour obtenir deux lettres de rémission du roi. A moins ...qu'il connaisse bien le droit et soit membre de la basoche.

D'autant plus étrange qu'il semblerait qu'il se soit réfugié après le meurtre de Sermoise à Bourg-la-Reine ou résidait l’abbesse de Port-Royal comme il le sous-entend dans son Testament.

En effet, il y parle de l'abbesse de Pourras qui est l'abbesse Huguette du Hamel de l'abbaye cistercienne de Port-royal. Elle était connue pour ses mœurs légères et pour avoir fait de son monastère un lupanar à ciel ouvert. ( Procès de 1465 ou l'on apprend qu'elle frayait avec les gens d'armes et les étudiants )

Réalité historique et pamphlet satirique contre le clergé ?

 

Item, laisse à Perrot Girart

Barbier juré du Bourg la Reine

Deux bacins et un coquemart

Puis qu'à gaigner met tant de peine.

Des ans i à demi douzaine

Qu'en son hostel de cochons gras

M'apastela une semaine

Tesmoing l'abbesse de Pourras.

Villon

 

Vol du collège de Navarre - 1456

 

François tiré de ce mauvais pas ne change pour autant rien à ses fréquentations et participe au vol de 500 écus d'or caché dans un coffre fort du collège de Navarre de théologie dans la nuit de Noël 1456.

Ce qui est troublant ici c'est qu'il connait bien le directeur du collège, Jean de Conflans, son tuteur d'étude à l'université mais également un proche de Guillaume de Villon, son bienfaiteur. ( Ce qui l'est moins si ce n'est pas Villon qui écrit mais un auteur anonyme  )

Avec ses comparses que sont :

  •  Colin de Cayeux
  •  Réguier de Montigny, deux clercs dévoyés et coquillards
  • Guy Tabarie servant à faire le guet 
  • Petit-Jean
  • et un moine picard dévoyé du nom de Nicolas

François s'empare des 500 écus d'or et ne donne à Guy Tabarie que 10 écus sur les 100 qu'ils ont soi disant dérobé. 

Il part ensuite se mettre au vert à Angers et c'est à ce moment là qu'il compose le testament.

 

Le Testament

 

Il est question d'une femme Catherine de Vaucelles qui lui a brisé le cœur en s'amourachant d'un autre, puis d'une rancœur tenace envers un fils d'un riche conseiller au parlement de Paris Ythier Marchand auquel il lègue son épée et son "Brant d'acier tranchant".

 

Item à Maistre Ythier Marchand

Auquel mon brant laissay jadis

Donne, mais qu'il le mette en chant

Ce lay contenant des vers dix

Et, au Luz ug De profundis

Pour ces anciennes amours

Desquelles le nom je le dis

Car il me hairoit à toujours.

Villon

 

L'évocation du sexe masculin avec le Brant d'acier tranchant est sans équivoque ici.

Ythier Marchand est-il homosexuel, François Villon également ?

Ythier était-il l'amant de Catherine de Vaucelles  ?

Il règle ses comptes également avec Jean le Cornu qui nous dit-on est un riche financier, mais n'est-il pas le neuvième grand maitre de l'ordre hospitalier de la commanderie proche de l'église Saint Benoit le Bétourné ?

 

Item, à Maitre Jean Cornu

Autre nouveau lai, lui veuille faire,

Car il m'a toujours secouru

A mon grand besoin et affaire :

Pour ce, le jardin lui transfère

Que Maitre Pierre Baubignon

M'arenta en faisant refaire

L'huis et redresser le pignon.

Par faute d'huis, j'y perdis

un grès et un manche de houe

Alors huit faucons , non pas dix

N'y eussent pas pris une aloue.

L'hôtel est sûr mais qu'on le cloue.

Pour enseigne y mis un havet

Et qui l'ait pris, point ne m'en loue

Sanglante nuit et bas chevet.

 

Puis s'en prend à d'autres riches et puissants parisiens mais également aux sergents du Châtelet avec Mr Perrenet Marchand.

 

Item, à Perrenet Marchand

Qu'on appelle le bâtard de la Barre

Je lègue, parce que c'est un marchand honorable

trois bottes de paille,

Pour les éparpiller par terre

Et y faire le travail amoureux

De manière à assurer sa subsistance

Car il ne connait pas d'autre métier.

Comprenne qui veut.

Sur un ton mordant et plein d'ironie il s'en prend à Colin Laurens, Girard Gossouyn et Jean Marceau 3 usuriers et prêteurs sur gages qui s'enrichissent sur le dos des Parisiens.

 

Je lèque par pitié

A trois petits enfants tous nus

Nommés dans le présent document

Pauvres orphelins sans ressources

sans rien pour se chausser, privés de tout,

Et nus comme un ver,

J'ordonne qu'on leur fournisse

Au moins de quoi vivre cet hiver.

 

Aux véritables pauvres il écrit :

Aux pigeons qui souffrent la peine

Enfermés dans une volière

Je lègue mon miroir beau et utile

Ainsi que les bonnes grâces de la geôlière.

 

Aux Béguines et ordres mendiants :

Item aux frères mendiants

Aux dévotes et aux béguines

Tant de Paris que d'Orléans

Tant turlupins que turlupines

De grasses soupines jacobines

Et flans leur fait obation

Et puis après soubzs les courtines

Parler de contemplation.

 

En mai 1457 Guy Tabarie est arrêté sous dénonciation de Pierre Marchand, un curé du diocèse de Chartres et livre le nom de ses complices ayant participé au vol du coffre du collège de Navarre. Il s'en tire avec l'intervention de sa mère qui propose de rembourser 50 écus à la faculté.

Colin de Cayeux s'en tire également mais attrapé en train de voler dans l'église Saint Leu d'Esserent en été 1460 il est condamné et pendu en 1461.

 

Villon chez le roi René et le Duc d'Orléans - 1457-1461

 

Villon mène alors une vie d'errance entre 1457 et 1461. Il se rend à la cour d'Angers du roi René, adepte de l'amour courtois. Il se présente à la cour muni d'une lettre de recommandation d'Andry Couraud le trésorier et procureur du roi René.

Mais comment à t-il obtenu cette lettre ? Par Guillaume de Villon ? Qui d'autres ?

Mais le charme n'opère pas entre Villon et René.

Il se rend donc à Blois auprès de Charles d'Orléans, autre adepte de l'amour courtois. Celui ci l’accueille, lui donne une pension de poète de cour mais cela ne dure guère longtemps. Villon s'est encore tiré une balle dans le pied, trop vulgaire, sarcastique ?

Le fait est qu'il quitte Blois pour Bourges ou il est accusé d'un crime contre la religion.

Lequel ?

Libéré par on ne sait quel moyen, il quitte Bourges en mai 1459 et connait de nouveau la prison à Orléans en juin 1460 ou il est condamné à mort.

Là encore pour quelle raison ?

Il échappe à la mort en juillet 1460 car il est gracié par le Duc Charles d'Orléans âgé de 70 ans qui vient d'avoir une fille. Il revient à Blois ou il compose des poèmes courtois  pendant un temps mais las il quitte Blois et réside ensuite chez le duc Jean II de Bourbon

De nouveau il est sur les routes, et de toute évidence il n'est pas un courtisan.

 

Le supplice de Villon : Thibaud d'Auxigny

 

Pendant l'été 1461 il est enfermé à la prison de Meung qui dépend de la justice de l'évêque d'Orléans Thibaud d'Auxigny, un être au caractère tempétueux. 

La raison de son arrestation nous est encore une fois inconnue.

Nous savons par contre qu'il est rasé des cheveux, de la barbe et des sourcils, jeté dans un cachot de la tour de Manassé de Garlande, soumis à la torture de l'eau, fouetté, attaché nu à une crémaillère par les bras, les chevilles...

Mais ce trompe la mort est encore fois sauvé par la providence en la personne du roi Louis XI qui est sacré le 15/08/1461 et qui décide d’amnistier tous les prisonniers partout ou il passe.

Dans son testament François décrit Thibaud d'Auxigny comme un tyran aux mœurs sodomites.

Je ne lui dois ni foi ni hommage, je ne suis ni son serf, ni sa biche.

Il se propose ensuite de prier pour lui avec une prière de Picard, lourde allusion aux Vaudois d'Arras condamnés pour hérésie, sorcellerie entre 1459 et 1461. 

Le chanoine Étienne Plaisance de Saint Aignan d'Orléans est qualifié de plaisant et avenant...

Il ressort de cet épisode tragique comme une loque humaine et changé à vie.

 

Paris - 1461

 

Il revient vivre à Paris et continu à rédiger son testament.

Catherine de Vaucelles , sa "chère rose" est toujours avec Ythier Marchand, et il en semble dévasté. 

Après Catherine il côtoie Marthe mais cette dernière est changeante et vénale.

 

Baigné depuis longtemps dans la littérature du Fin'Amor soit de l'amour courtois, il en est à ce moment là complétement dégouté et a perdu toutes ses illusions sur ces belles dames.

Les femmes comme Ambroise de Loré nous dit-il ( épouse fidèle de Robert d'Estouville ) se font rares et d'ajouter ou sont les neiges d'antan ?

 

La misogynie de François

 

François a été élevé auprès des moines et les pères de l'église le proclame haut et fort, la femme est l'instrument de la perdition, l'arme du démon.

Son expérience amoureuse avec les femmes le conforte en cela. Catherine et Marthe étaient selon lui, fausses et vénales. Il en déduit que toutes les femmes sont de cette nature et préfère les prostituées qui sont beaucoup plus franches.

A son époque "La querelle des femmes" fait rage dans les milieux intellectuels Parisiens.

Il y est question du statut des femmes dans la société, de l'égalité homme/femme. Les clercs dont fait parti Villon en majorité misogyne se liguent contre "Les champions des Dames" qui les défendent.

Villon écrit :

Qu'est-ce qui les pousse donc à agir ainsi ?

Je pense sans dire du mal de l'amour des dames,

Que c'est la nature féminine

Qui les porte à aimer chacun sans distinction

Et cela au prix de toutes les trahisons possibles.

 

Dans "La ballade de la Grosse Margot" Villon parodie l'amour courtois, pour lui tout n'est que duperie entre homme et femme.

 

François Villon homosexuel ou homophobe ?

 

Plusieurs sous entendu dans ses poèmes le laisse penser.

Il accuse certains de ses ennemis d'être sodomites :

  • le lieutenant Macé d'Orléans dit "la petite Macée", Orléans réputé pour ses bordels masculins.
  • Sergent royal Jean Valet dit Jean Valette avec son amant le sergent Denis Richier
  • Robinet Trascaille, clerc
  • Thibaud d'Auxigny évêque d'Orléans dit Tacque Thibaud ( qui tape dur )

 

 

Prison du Châtelet - 1462

 

En novembre 1462 il est emprisonné à la prison du châtelet au prétexte de vol.

Guillaume de Villon intervient et paye 40 écus. En décembre de la même année il est de nouveau emprisonné après une plainte déposée par le notaire François Ferrebouc résidant au couvent des Mathurins.

Villon était présent lors d'une querelle entre Ferrebouc et son ami Robin Dugis mais n'a rien fait.

Malgré cela, il est soumis à la question de l'eau et doit être pendu.

Il fait appel et compose à cette période la Ballade des pendus.

Les appels de ses compagnons ont été rejetés mais le sien est accepté le 05/01/1463.

Encore une fois trompe la mort s'en est sorti et même si il est banni de Paris pendant 10 ans, il est en vie.

Nous perdons sa trace le 08/01/1463.

 

Pour conclure, nous pouvons dire que l’œuvre de Villon s'inscrit dans l'histoire de la littérature comme unique et pleine de contradiction. Une énigme.

Elle parle essentiellement de 3 milieux que sont le clergé, la justice et les bas-fonds avec la prostitution et les amours pédérastes en toile de fond.

Se cachant derrière un nom d'emprunt, l'auteur de cette œuvre connait bien les milieux dont il se moque. Mais nous n'avons aucun témoignage des contemporains de Villon.

Villon dénonce la corruption, l'hypocrisie du monde du clergé et de la justice en s'appuyant sur des noms de personnes ayant une réalité historique et le plus souvent impliquées dans des procès. Souvent en position dominante.

Si nous pouvons comprendre actuellement certaines expressions en argot et en Picard, le sens de certaines phrases malheureusement nous échappe faute d'avoir les connaissances nécessaires quant aux références de l'époque. 

Cependant, plusieurs hypothèses s'ouvrent à nous concernant l'identité de François Villon :

  • Est-il un inconnu reprenant le personnage historique de l'étudiant Parisien François Villon ? 
  • François Villon l'étudiant Parisien lui même ?
  • Un groupe d'étudiant de la Basoche ? 

 

Le texte des ballades semble donc être une fiction de sa vie ou intervient moult personnages ayant néanmoins réellement une existence historique.

C'est une satire judiciaire de la société Parisienne dénonçant les injustices des riches et des puissants faites au pauvres gens, une satire du clergé et de son hypocrisie et une satire concernant la tricherie, la duperie amoureuse. 

 

Mais qui donc est Villon ?

Sources

 

  • De moi, pauvre je veux parler - Sophie Cassagnes-Brouquet, professeur d'histoire médiévale
  • Le Jargon de Villon ou le Gai savoir de la coquille - Pierre Guiraud, linguiste
  • Le testament de Villon ou le Gai savoir de la basoche - Pierre Guiraud, linguiste

 

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