Chemin de traverse
Ermengarde de Narbonne était dans la seconde moitié du XII siècle la muse des troubadours, une des plus grandes mécènes de la région et accessoirement la Vicomtesse de Narbonne. Sa renommée était grande et égalait à l'époque celle d'Aliénor d'Aquitaine. Nous le savons grâce aux poèmes des troubadours qui peuplaient les cours des puissants et chantaient leurs louanges.
Il est difficile de comprendre pourquoi Ermengarde qui était un personnage féminin relativement puissant ayant marquée l'histoire de l'Occitanie n'est pratiquement pas mentionnée dans les livres d'histoire.
Nous retrouvons sa trace dans quelques documents politiques, mais elle n'a pas de biographie et ne figure pas dans les chroniques monastiques.
En fait, les archives des vicomtes de Narbonne ont été déposées à la cour des comptes de Montpellier mais le bâtiment brula en Aout 1793, à la révolution Française...
Lorsque l'on sait que même en Scandinavie dans les îles des Orcades au nord de l'écosse, Ermengarde était connu...
Pour preuve, un poète écrivit des vers en son honneur. Il racontait la traversée du comte Rognvald vers la terre sainte et faisait escale à Narbonne. La reine de la ville qui était Ermengarde le convia à un banquet :
"Il est certain, femme admirable, que ta chevelure est plus belle que celle des autres femme blondes. La femme laisse tomber sur ses épaules ses cheveux dorés comme la soie : j'ai rougi dans le sang, les serres d'aigle avide."
Aymeri II son père était vicomte de Narbonne de 1105 à 1134 et le principal allié de Raymond Beranger III, son demi-frère le comte de Barcelone qui avait pour ennemi le comte de Toulouse et les Trencavel ( famille héraultaise vers Béziers ). Il décèdera à la bataille de Fraga en 1134. Bataille liée à la période de la Reconquista dues aux invasions musulmanes entre le VIII et XIV siècle.
Ermengarde de Servian sa mère était originaire d'un village Héraultais nommé Servian et issue d'une des familles Biterroise les plus puissantes après les Trencavel. Elle pourrait être la soeur d'Étienne de Servian ( seigneur qui acceptait les cathares sur ses terres ). Elle fut répudiée par son mari en 1126 ( en raison du lien familial avec les Trencavel ? ) mais lui donna auparavant 3 enfants connus, 2 garçons et 1 fille. Les 2 fils décèderent avant leur père et c'est donc naturellement qu'en 1134 à la mort d'Aymeri II qu'Ermengarde prendra le titre de Vicomtesse de Narbonne.
Ermessinde est la deuxième femme d'Aymeri II et lui donne une seconde fille, une demi-sœur pour Ermengarde. Cette demi-soeur se maria avec le comte Manrique de Lara, noble Castillan et eut de nombreux enfants dont Pedro Manrique de Lara, le neveu d'Ermengarde et prétendant à sa succession étant donné que la Vicomtesse n'eut jamais d'enfants. A force de trahison et de manigance envers sa tante, il deviendra vicomte de Narbonne en 1192.
Narbonne au XII siècle est une ville avec une vie intellectuelle intense. Savants, théologiens, médecins ( Maitre Bremond et Maitre Raoul ), comédiens... y sont présents.
Nous savons que sous le règne d'Aymeri II des troubadours donnent spectacle à la cour de Narbonne. En effet, dans des vers de Guillaume IX d'Aquitaine ( l'un des premiers troubadours et grand-père d'Aliénor d'Aquitaine ) on retrouve mentionné le nom de la cour de Narbonne avec celle de Poitiers et de Ventadour.
Ermengarde à la suite de son père acceuillera à sa cour nombre de troubadours et se fera mécène du Fin'Amor ou de l'amour courtois. Pour certains historiens cet Art est apparu lorsque les croisés ( Templiers et Hospitaliers ) sont revenus de Jérusalem. L'inspiration en serait orientale.
D'ailleurs la première et la moins connue constitution de l'ordre du temple dut signée le 13/12/1177 à Narbonne qui était le cœur de la Kabbale médiévale.
En effet, à partir du IX siècle existait à Narbonne une communauté juive relativement importante et une école talmudique. Les juifs participèrent activement au développement économique de la ville ( contact avec le monde Musulman, soierie, pierre précieuse.. ) et notamment avec le commerce des esclaves entre le monde de la chrétienté et le monde musulman ( voir les Radhanites ). Narbonne étant un port de commerce important depuis l’antiquité, les échanges commerciaux mais aussi culturels y étaient florissants.
Aparté :
Cette communauté juive de Narbonne, selon la thèse de l'historien Arthur Zukerman était présente depuis Charlemagne ( et même peut-être avant ) avec à sa tête Makhir de Narbonne, un descendant de la tribu de David, exilarque de Babylone, talmudiste et Kabbaliste.
Toujours selon Zukerman la lignée des Francs avec les carolingiens serait d'ascendance juive ainsi que tous les comtes de Narbonne du VIII siècle au début du XIV siècle.
Ermengarde de Narbonne serait donc d'ascendance juive.
Elle apparait souvent dans des chansons composés par des troubadours sous le pseudonyme de "la Dame de Narbonne" ou "Tort n'avez" ( vous avez tort ).
Des poètes ou troubadours comme Bernard de Ventadour, Perne d'Alverhne, Girault de Bornelh, ou Peire Roger mais également sous la plume de la trobairitz Azalais de Porcairagues ont chanté ses louanges.
Le troubadour Peire Roger, chanoine de Clermond Ferrand fut pendant un temps très proche d'elle à la cour de Narbonne. Lui tenant compagnie, il composa également des chansons pour sa dame. Mais pour faire taire les rumeurs, le qu'en dira t'-on, elle le pria de partir pour d'autres contrées. Voici un de ces poèmes :
"Mon cœur est si plein de joie, que je ne peux m'empêcher de chanter, car la joie m'a nourri dans l'enfance comme maintenant. Sans elle je ne serai rien.Je vois que ce que tous les hommes font se dégrade, se déshonneur, se diffame si l'amour et la joie ne le sustentent pas.
A mon "tort n'avez" en Narbonne, j'envoie mes salutations bien qu'elle soit loin et qu'elle sache que je la verrais bientôt...Que le seigneur qui a crée toute chose conserve son corps tel qu'il la fait, qu'elle maintienne mérite et joie vraie lorsque tous les autres les abandonnent."
Peire Roger
Ermengarde à la mort de son père en 1134 prend donc le titre de vicomtesse de Narbonne, elle est âgée d'environ 6 ans puisqu'elle née vers 1127.
Héritage considérable car Narbonne occupe une place stratégique dans la région qui voit s'opposer les comtes de Toulouse et les comtes de Barcelone.
Les puissantes familles de la région que sont les seigneurs de Trencavel vers Béziers, les comtes de Rodez, de Foix, de Comminges et de Narbonne changent de camp régulièrement en fonction de leurs intérêts.
Le comte de Toulouse dénommé Alphonse Jourdain devient le maitre de Narbonne en 1139 avec l'appui de l'archevêque de Narbonne et de plusieurs seigneurs des environs.
Ermengarde coincée, va accepter à contre coeur l'offre du comte de Toulouse Alphonse Jourdain de l'épouser le 21/10/1142. Elle est alors une adolescente de 12/13 ans.
Narbonne avec le premier mariage d'Ermengarde pourrait passer donc sous domination Toulousaine au grand désespoir de Raymond Béranger IV de Barcelone cousin germain d'Ermengarde.
Une alliance entre les frères Trencavel, Guillaume le seigneur de Montpellier et le comte de Rodez est formée pour s'opposer à Alphonse Jourdain. C'est l'alliance Barcelonaise contre le comte de Toulouse.
En effet, ils n'avaient nulle confiance au comte de Toulouse puisque les années précédentes, leurs ancêtres respectifs avaient menés combat auprès de Philippie et de Guillaume IX d'Aquitaine pour la prise de Toulouse.
Ces seigneurs d'Occitanie avaient des liens familiaux avec les comtes de Barcelone et des intérêts communs. Ils liguèrent donc tous pour libérer Ermengarde de ce mariage.
Et en effet, 1 mois après ce mariage la guerre est déclarée, la région s'embrasse et Alphonse est fait prisonnier. Il est obliger de renoncer à Narbonne et à Ermengarde. Le mariage fut dissous et on trouva un nouveau mari à la vicomtesse en la personne de Bernard d'Anduze.
Bernard d'Anduze était un noble d'une famille importante du languedoc, environ 40 ans, marié une première fois et père de plusieurs enfants. Elle l'épousa rapidement et il disparut de sa vie tout aussi rapidement. ( mariage inexistant sur le wikipédia de Bernard et apparaissant sur celui d'Ermengarde )
C'était un mariage de convenance. En effet, il était mentionné dans les actes de fidélité que si Ermengarde décédait, l'héritage reviendrait à sa demi-sœur Ermessinde.
Le principal était qu'elle était désormais marié et donc ne subirait plus les demandes incessantes des comtes de la région.
Sa demi soeur Ermessinde épousa le comte Castillan Manrique de Lara avec qui elle eut des enfants. Ce qui était un atout supplémentaire pour la maison de Barcelone contre les comtes de Toulouse.
En 1163 Ermengarde qui n'eut jamais d'enfants fit venir Aymeri l'un des fils d'Ermessinde afin de le former à sa succession mais il mourut en 1177. C'est alors un autre fils de sa demi-sœur qui arriva à la cour de Narbonne pour reprendre le flambeau. Malheureusement, il trahira sa tante et s'emparera de Narbonne. Son nom : Pedro Manrique de Lara
Ermengarde fit de nombreux voyages entre la Catalogne et la Provence pour défendre ses intérêts, assoir son autorité et ceux de ses alliés ( maison de Barcelone ).
Le palais vicomtal d'Ermengarde se trouvait près de la porte de l'eau, d'ou l'on pouvait voir le palais de l'archevêque de l'autre coté de la place ( actuellement à peu près à l'emplacement du monoprix logé dans le bâtiment "Des dames de France", cela ne s'invente pas :) )
La ville était entourée d'une enceinte fortifiée édifiée en 1086. Aux alentours se trouvaient des champs et des vignes. Entre la ville et la mer existaient des étangs et des marais, fiefs des saliniers et des pêcheurs.
Ermengarde et les seigneurs de Narbonne avant elle tiraient leurs ressources de la taxe sur le sel ( conflit d'ailleurs avec l'archevêque ), de la location des moulins sur le fleuve Aude, de la spéculation sur l'immobilier, des rentes rurales des maisons alentours ( terres et maisons ), d'une taxe sur la route du Roussillon ( péage pour protection des marchands et travaux de restauration des routes ), de l'élevage des moutons, impôts sur les paysans...
Mais elle était également propriétaire avec la famille Trencavel de mines d'or et d'argent situées à la jonction du Jaur et de l'Orb ( cartographiée en 1164 et dénommée "La voute". )
Elle recevait de plus les 2/3 des revenus miniers de l'abbaye de Valmagne et de Villemagne l'argentière. Dès le X siècle les ancêtres d'Ermengarde avaient fait donations à l'abbaye et cette région était riche en argent, plomb, cuivre aurifère, antimoine, soufre, fer , tous ces minéraux exploités dès l'antiquité par les Phéniciens et les Romains.
Mais le commerce de l'or était également important avec l'Espagne et les pays arabes.
L'entourage proche de confiance et fidèle était composé de membres de vieilles familles de la noblesse régionale :
Des serments de fidélité à la vicomtesse étaient prêtés par ces seigneurs. Il n'existait pas de contrat commerciaux ni de travail mais des serments de fidélité... Ces serments ne sont pas datés et sont atemporels. L'origine de cette pratique est inconnue même si on la retrouve dans d'autres cultures Méditérranénnes.
" Dés à présent, moi ( nom ) ne tromperai pas vous ( nom ) ni ne vous le prendrai ( nom du château )ni ne prendrait rien qui y soit, ni un autre homme ni une autre femme sur mon conseil et si un homme ou une femme vous le prenne avec lui, je n'aurai de cesse de reconquérir le château et je viendrais à votre secours en bonne foi et sans tromperie."
" Les serments de fidélité donnent à cette société une image triste et mesquine, habitée par la suspicion, sinon la paranoïa et ou le mieux que l'on pouvait espérer de ses amis c'était qu'ils ne nuisent pas."
Frédéric Cheyette
En prêtant fidélité à un seigneur les différents membres de ce pacte formaient un clan qui ne pouvait se désintégrer.
Pourtant il arrivait que certains trahissent ce serment.
"Moi, Pierre de Nébian je souhaite t'aimer Guillaume seigneur de Montpellier d'un amour vrai et te servir fidèlement et demeure dans ta grâce et ta protection."
Châtelain de Nébian en 1160
Fidélité et amour sont devenus peu à peu des synonymes dans l'amour courtois; L'amour entre une femme et un homme mais également l'amour politique entre les seigneurs était de mise dans cette société Occitane du XII siècle. La confiance et la franchise étaient liés au serment de fidélité et d'amour.
La comtesse de Die, Trobairitz fit une chanson relatant la trahison du serment :
"Il me faut chanter ce que je ne voudrai point chanter, car je suis en colère à cause de celui dont je suis l'amie, car je l'aime plus que tout au monde. Merci et courtoisie ne trouve guère grâce à ses yeux, pas plus que ma beauté, mon rang ou mon esprit. Je suis trompée et trahie à l’extrême comme si je n'avais pas le moindre charme...Je suis surprise de l'arrogance de votre cœur, ami, car j'ai bien sujet d'être triste, il n'est pas juste qu'un autre amour vous enlève à moi..Et je veux savoir mon bel et doux ami pourquoi vous êtes à mon égard si farouche et dur, je ne sais qui de l’orgueil ou de la malveillance. Mais plus que tout je veux messager que tu lui dises que trop d’orgueil peut nuire à maintes gens."
Au sein de la société Occitane de cette période c'est par le divertissement que les gens apprenaient les usages de la vie en société. Les chansons des troubadours participaient à cela. Il existait des compétitions de versification entre troubadours ou l'on tenait compte de la rythmique, des rimes, du sens et de l'intensité émotionnelle des mots.
Des nobles, des aristocrates comme Guillaume IX d'Aquitaine, la comtesse de Die la comtesse Garssende de Provence et le roi Alfonse d'Aragon composaient des chansons dans l'art des trouvères.
Mais il y'avait également des troubadours issus du peuple, des jongleurs, des comédiens, des chanoines...
Le sens de ces chansons pouvait être multiples. En effet, la langue Occitane ( langue romane ) se prêtant relativement bien aux jeu de mots, une chanson avait souvent plusieurs degrés de lecture.
Il existait le trobar leu ( langue clair ) et le trobar clus ou langue hermétique comprise seulement par les initiés. Mais initié à quoi ? Chevalerie amoureuse ? Langue des oiseaux ?
Ces cansons ( chansons) avaient pour thème principal l'amour, la fidélité ( on peut se poser des questions sur le sens du mot ), la loyauté mais étaient également souvent teintées d'érotisme. Voir ici
Nous avons vu l'importance à cette période d'avoir des alliés, d'intégrer une communauté avec notamment les serments de fidélité. Mais les alliances pour protéger les biens de chacun étant mouvants c'est ainsi qu'en décembre 1167 Ermengarde se range du coté du comte de Toulouse.
En effet, le comte de Barcelone étant mort, son succeseur le roi d'Aragon n'étant qu'un enfant, le fils de Trencavel ayant du mal à récupérer Béziers, elle se davait de protéger la ville de Narbonne et ses intérêts. Ses loyaux soutiens n'étant plus de ce monde il fallait s'allier avec l'ennemi. S'adapter ou mourir.
Jusqu'en 1177 elle servit de médiatrice entre le comte Raymond de Toulouse et les Trencavel, comte de Foix...ses anciens amis. Mais Raymond de Toulouse finit par la trahir en s'emparant de Narbonne.
Ce qui reconstitua l'ancienne alliance avec la famille des Trancavel, Roger de Béziers, Bernard Aton de Nîmes, les seigneurs de Montpellier. Tous se liguèrent contre Raymond de Toulouse.
Le roi Alfons d'Aragon ne demanda pas d'excuses à Ermengarde pour sa trahison. Il comprenait. La guerre entre les deux parties commença et Ermengarde récupéra Narbonne.
En 1179 Pedro de Lara, un des neveux d'Ermengarde arrive à Narbonne suite au décès de son frère Aymeri qui secondait Ermengarde. Mais dès lors l'Occitanie toute entière s'embrassa ( mercenaires, routiers, révoltes...) Mercenaires d'ailleurs souvent payer par les seigneurs pour piller, saccager les biens et les terres de leurs rivaux.
C'est dans cette misère que l'on vit apparaitre de plus en plus d'hérétiques.
Pour contrer ces hérésies qui étaient essentiellement l'arianisme mais plus précisément le catharisme les cisterciens sont envoyés dans l'ouest de l'Occitanie pour remettre dans le droit chemin les égarés.
Les cathares ou Bogomiles ( Bulgarie ) avaient pour lecture le livre de l'apocalypse, l'évangile de Saint Jean. C'était des chrétiens hérétiques qui croyaient en l'existence de deux créateurs, un bon et un mauvais, deux puissances absolues et éternelles qui se font la guerre.
Beaucoup de seigneurs Occitan toléraient les cathares. D'ailleurs, la grande majorité des cathares n'était pas du peuple mais des seigneurs. Ils prêchaient la pauvreté, l'humilité, remettant en cause les sacrements, la liturgie de l'église et son pouvoir sur la société.
C'est Raymond V de Toulouse qui fit appel à l'ordre de Citeaux car dans sa région le catharisme prenait de plus en plus d'ampleur.
C'est Henry de Marcy avec l'abbé de Clairvaux qui prit la tête de l’expédition sur Toulouse en été 1178. Ils commencèrent par prêcher parmi la foule mais se rendirent compte rapidement que même des nobles, des aristocrates étaient cathares ou Ariens ( conflit avec l'église sur la nature du Christ ) bref hérétiques.
Saint Dominique des frères Dominicains parcourt également l'Occitanie pour susciter des conversions mais il y'en a peu.
Narbonne avec la cour de la vicomtesse avait été épargné jusqu'ici par les problèmes soulevés par l'hérésie cathare.
Pendant ce temps le roi Henri II d'Angleterre possédant plus de terres en France que le roi de France lui même ( Normandie ) se battait contre ses propres fils dont Richard cœur de Lion qui s'était au roi de France et contre sa reine et épouse Aliénor d'Aquitaine ( qu'il plaça en résidence surveillée ) qui possédait toute la région de l'Aquitaine actuelle.
La région de l'Occitanie est dans un état épouvantable, les seigneurs se trahissent entre eux en fonction des alliances.
Les hérétiques sont de plus en plus nombreux et comble de l'ironie les memebres du clergé Occitan refusent d'obéir aux ordres des légats du Pape Innocent III. Ordres qui demandent des sanctions contre les hérétiques !
En effet, à cette époque le clergé Occitan était souvent accusé de Nicolaisme ( prêtre marié ) de simonie ( commerce de choses spirituelles ) et de fermer les yeux sur le problème cathare.
C'est à ce moment qu'Ermengarde fait alliance avec Alfonse d'Aragon comte de Barcelone qui se bat au coté du roi d'Angleterre Henri II ( avec les Trencavel ). Leurs adversaires sont alors le comte de Toulouse Raymond V, Richard cœur de lion, le roi de France Philippe II Auguste.
Pendant l'année 1192 elle agit seule dans ses affaires comme étant toujours la vicomtesse de Narbonne. Or, en septembre de la même année, son neveu Pedro de Lara se présente comme vicomte de Narbonne par la grâce de Dieu. Il usurpe ainsi le pouvoir de sa tante, accorde des privilèges à certains, inféode des terres autour de Narbonne, vend des biens..
Apparement Ermengarde a été chassée de Narbonne ! Elle s'est réfugiée auprès d'Ermegaud de Fabrezan et des alliés de la famille Trencavel de Béziers.
Début de l'année 1193, Pedro l'usurpateur demande soutien à Roger Raymond le comte de Foix lui assurant ainsi le pouvoir sur Narbonne.
Roger Raymond parvient à rallier le roi Alfons d'Aragon à sa cause et Ermenegarde est trahie par ses anciens soutiens.
Elle essaye alors pour contrer cette machination de se rallier à ses ennemis de toujours le comte de Toulouse. En vain.
En fait, Pedro à réussi à prendre le pouvoir sur la ville en se ralliant aux nouveaux riches qui étaient exclus de l'entourage proche d'Ermengarde ( Jean Bistani, Guillaume le maitre des monnaies, Faure, Boher, Pélissier, Pallarès, Ribére...) mais aussi avec l'entourage des puissances ecclésiastiques de Narbonne.
Elle se réfugie donc en Roussillon près des Pyrénées et dicte son testament le 30 avril 1196 ' archives d'Aragon ) abandonnée par tous ses proches. Elle meurt le lendemain. En bas du parchemin les signatures de deux templiers Béranger Amic et Raymond Amic, moine à la commanderie du Mas Deu ou elle demande à être enterrée.
Elle adjure Pedro comme bon et cher fils et comme son affectionné neveu et ami pour l'amour du roi éternel et pour le mien d'exécuter ses dernières volontés. S'il le fait que Dieu tout puissant et miséricordieux lui pardonne ( à Pedro ) tous les préjudices, dommages, violences, oppressions, vexations de sa part. Et je lui laisse toutes mes seigneuries sur mer et sur terre...
Elle est désormais désargentée et lègue seulement une maison à l'ordre des hospitaliers, deux à l'ordre des templiers ( dont sa demeure ). Pedro n'effectuera pas ses donations.
Pourquoi ne veut-elle pas être enterrée à l'abbaye de Fonfroide dont elle fut une donatrice importante et qui abrite des anciens membres de sa cour ? Pourquoi veut-elle être inhumée à la commanderie du Mas Deu ?
Elle fut humiliée jusqu'au bout puisque le cartulaire du Mas Deu ne mentionne absolument pas sa pierre tombale. Oubli ou non respect de ses derniers vœux par son neveu Pedro ? Ou est le corps d'Ermengarde ?
Le pape Innocent III décide en 1209 d'entreprendre une croisade contre l'hérésie cathare. Il ordonne aux barons du nord de se battre contre les hérétiques ou Albigeois.
Narbonne ne fut pas inquiété par la croisade Albigeoise au contraire de ses voisines Béziers, Carcassonne, Albi, Toulouse...
Pédro de Lara avant de retourner en Castille léguera Narbonne à son fils Aymeri.
L'Occitanie a ainsi été forcée de devenir Française et catholique, les ecclésiastiques venus du nord occupaient les postes tenus autrefois par les fils des notables locaux.
Les seigneurs du nord prenaient les possessions des seigneurs du sud...
Le monde des troubadours s'évanouit petit à petit.
L'usage de la langue romane fut qualifiée d'hérétique par le pape Innocent IV dans une bulle de 1245 et interdite aux étudiants.
Tout un monde et un univers disparaissait.
Sources :