Chemin de traverse
Fondée au VII siècle par la reine Bathilde près d'Amiens, l'abbaye de Corbie a joué un rôle de premier plan dans la réforme carolingienne avec les nombreux documents rédigés au sein de son scriptorium.
A sa fondation en 661, ce sont 60 moines de l'abbé Valbert du monastère de Luxeuil sous la direction de Théofroid de Corbie, premier abbé de Corbie qui s'installent dans les lieux.
La règle monastique au VII siècle est alors celle de Saint Colomban avant de devenir au VIII siècle celle de Saint Benoit.
L'abbaye fut placée directement sous l'autorité spirituelle du pape et non sous celle de l'évêque d'Amiens.
Elle possédait une vaste et riche bibliothèque avec des ouvrages d'auteurs antiques comme Pline l'ancien, Isidorre de Séville, Tertullien ... ainsi qu'un scriptorium ou fut élaborée l'écriture caroline.
Venant de l'abbaye de Luxeuil réputée également pour son scriptorium, les moines formèrent au fil des ans de nouveaux lettrés tels :
Les fausses décrétales ont probablement été élaborées à l'abbaye de Corbie selon certains historiens et notamment l'historien Allemand Klaus Zechiel-Eckes dans le but de transférer tous les pouvoirs au Pape Romain sur l'église universelle et sur tous les souverains d'Europe.
Les accusations contre les clercs, les évêques, tout homme d'église ( abus de pouvoir, violation propriété... ) provenant du pouvoir séculier sont devenues ainsi caduques et les plaintes soumises traitées exclusivement sous la responsabilité du pape.
Ces fausses décrétales donnant les pleins pouvoirs au pape et à Rome sont incorporées en 857 à la collection canonique "De raptoribus" constituée par Hincmar de Reims.
Elles sont incorporées également au XII siècle dans Le Decretum de Gratien qui est la base du droit canonique.
Ce qui pose un sérieux problème.
Mais pour l'élaboration d'un tel projet juridique et politique car cela en est un, d'une telle complexité il a fallut la participation dans le temps de nombreux moines lettrés, des intellectuels.
Il apparait de plus en plus certain pour les historiens que la tête pensante de ce groupe de faussaires serait Paschase Radbert ou "Isodorus Mercator".
Mais qui est-il ?
Paschase Radbert est un moine de l'abbaye de Corbie et l'auteur du premier traité théologique sur l'Eucharistie "De corpore et sanguine Domini" rédigé en 831 qui fut la base du dogme de la Transsubstantiation élaborée au XII siècle.
Pour Paschase, le pain et le vin sont réellement le corps et le sang du Christ, mais pour d'autres moines comme Ratramme de Corbie, ce ne sont que des symboles.
Et cela ne pose pas de problème à l'église à cette époque. Ce n'est seulement qu'en 1050 au concile de Vercelli que l'église catholique tranche en faveur de Paschase Radbert et de sa doctrine de l'Eucharistie.
Mais revenons à la forgerie de Corbie.
Paschase Radbert s'entoure donc de moines copistes qui l'aide dans cette entreprise.
Mais est-ce une forgerie ou les moines rédigent des faux documents, une entreprise de falsifications de documents déjà existants ou les deux ?
Les moines participant à cette forgerie de l'abbaye de Corbie entre 830 et 850 ( dates relevées selon la majorité des historiens ) sont probablement :
Et bien sûr d'autres moines non encore identifiés par les historiens ou chercheurs indépendants viennent agrandir cette liste non exhaustive.
Hincmar l'archevêque de Reims et juriste de renom doute de la véracité des décrétales mais cite des extraits du texte quand cela peut le servir.
L'intégrité intellectuelle ne l'étouffe pas.
Effectivement, dans une des répliques à son neveu Hincmar de Laon en 870 lors d'un conflit qu'il l'oppose à ce dernier concernant l'autorité des métropolites il cite son libellé des "55 chapitres" en qualifiant les canons "pseudo-nicéens" de faux et d'invalides venant d'on ne sait ou...
Mais n'hésite pas à se servir des décrétales dans l'affaire du divorce de Lothaire II afin de permettre la séparation...
En 881 l'abbaye de Corbie avec son église Saint Étienne est en partie détruite par les vikings puis reconstruite avec l'édification de l'église Saint Jean l'évangéliste vers 1200.
L'abbatiale Saint Pierre elle est reconstruite au XII siècle puis au XV siècle.
Pillée, incendiée, ravagée au fil des siècles, l'abbaye actuelle Saint Pierre de Corbie date du XVI siècle.
En conclusion nous pouvons dire que nous sommes en présence ici d'une forgerie carolingienne d’où sont sortis les Fausses Décrétales mais certainement d'autres documents également falsifiés, tronqués, forgés comme des cartulaires, fausses lettres pontificales.