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Chemin de traverse

Christine de Suède

La reine Christine de Suède, personnage à l'aura sulfureuse, passionnée d'occultisme et célèbre pour avoir abdiquer sa couronne en 1654 à l'âge de vingt huit ans à susciter bien des interrogations.  

Était-elle folle ? Lesbienne ? Hermaphrodite ? Rosicrucienne ?

Le fait est qu'elle demeure encore aujourd'hui une énigme, même si l'on découvre et met à jour au fil des ans quelques pans cachés de sa vie tumultueuse. 

 

Christine de Suède, Minerve du Nord
Christine de Suède, Minerve du Nord

 

Son père le roi Gustave Adolphe dit "Le lion du nord" issu de la dynastie Vasa et né le 09/12/1594 fait de la Suède l'une des plus grandes puissances européennes de l'époque notamment avec l'exploitation du cuivre et du fer qui permet de construire des canons et avec le bois pour la construction navale.

 

Gustave-Adolphe, père de Christine de Suède
Gustave-Adolphe, père de Christine de Suède

 

Le royaume de Suède est luthérien, c'est à dire protestant et profondément antipapiste depuis Gustave I Vasa qui a brisé l'union de Kalmar ( Un seul roi pour la Suède, le Danemark et la Norvège ) en se mobilisant contre l'invasion de la Suède de Christian II de Danemark soutenu par le pape. 

Ce qui n'empêche pas le cardinal catholique Richelieu, ministre du roi Louis XIII de s'allier avec Gustave Adolphe le protestant contre l'Empereur du Saint empire romain Germanique Ferdinand II de la maison des Hasbourg.

Entre 1630 et 1632, le roi de Suède Gustave Adolphe ne chôme pas :

  • Prend possession de la Saxe et Rhénanie
  • S'installe à Mayence
  • Pille la Bavière
  • Occupe Munich
  • Assiège Nuremberg 

 

Il est dit que Gustave est grand et s'habille toujours en rouge sur le champ de bataille. C'est le 17/11/1632 qu'il perd la vie à 38 ans sur le champ de bataille de Lutzen, seulement blessé mais restant accroché à son cheval par un pied dans l'étrier, il est traîné sur plusieurs kilomètres.

Christine monte alors sur le trône à l'âge de 5 ans 1/2 sous la tutelle du fidèle chancelier Axel Oxenstierna

 

Sa mère, Marie-Éléonore de Brandebourg est blonde aux yeux bleus. Elle est fragile psychologiquement, ceci du certainement à sa lignée maternelle et paternelle ou de nombreux ancêtres ont fait des crises de folies ( beaucoup de mariage consanguins ). Elle rencontre Gustave Adolphe à Berlin et le mariage est arrangé pour le 25/11/1620 à Stockholm.

 

Marie-Éléonore de Brandebourg mère de christine de suède
Marie-Éléonore de Brandebourg

 

Si Gustave Adolphe n'est point fidèle ( nombreuses maîtresses dont Ebba Brahe épouse du comte Jacob de la Gardie ), elle en reste cependant amoureuse.

Toutefois, elle ne se plaît pas en Suède, elle est dépressive, pique des crises d'hystérie.

Elle accouche d'une fille nommée Christine en 1624 qui meurt au bout de quelques jours.

Puis d'un garçon en 1625 qui décède lui aussi au bout de quelques jours...

Gustave Adolphe la surnomme alors "Malum domesticum".

Elle se retire au château lugubre de Gripsholm ou elle dépérit.

Le roi inquiet de la dépression de sa femme l'emmène alors en Finlande avec lui et elle se retrouve enceinte de Christine qui naît le 08/12/1626 à Stockholm. 

Christine est une survivante car elle échappe elle aussi à la mort. Une poutre tombe tout près de son berceau peu de temps après sa naissance.

Décidément le sort s'acharne sur les bébés de Marie-Éléonore...

Lucide quant à la santé mentale de sa femme, Gustave prévoit que si il décède l'instruction et l'éducation de Christine soit confiée exclusivement à des hommes de confiance avec à leur tête Oxenstierna.

 

 

L'enfance de Christine

 

Christine va connaître toute son enfance la guerre sanglante entre la Suède et le Danemark qui durera 30 ans ( 1618-1648 ) et dont l'enjeu est le détroit du Sund.

 

Dans ses mémoires Christine parle d hyper-pilosité à sa naissance ce qui engendrera nombre de questions d'historiens quant à son genre.

Est-ce une fille ? Un garçon ? Un androgyne ?

 

" Je naquis coiffée depuis la tête jusqu'au genoux, n'ayant que le visage, les bras et les jambes libres. J'étais toute velue. J'avais la voix grave et forte. Tout cela fit croire aux femmes qui me recevaient que j'étais un garçon. Elles remplirent tout le palais d'une fausse joie qui abusa le roi lui même pour quelques moments. L'espérance et le désir aidèrent à tromper tout le monde."

 

Dans cet extrait nous voyons que Christine est née avec le placenta sur la tête et velue.

Soit.

Alors comment expliquer qu'aucun contemporain n'aborde la question de cette hyper-pilosité ?

La voix grave de Christine par contre est elle, souvent mentionnée.

En fait, il semblerait que Christine invente son mythe incarnant un monarque fort et viril en citant les paroles de son père à sa naissance plus loin :

"Remercions Dieu, ma sœur. J'espère que cette fille me vaudra un garçon. Je prie Dieu qu'il me la conserve puisqu'il me l'a donnée. Il parut même si content qu'il étonna tout le monde. Il commanda un Te Deum avec toutes les réjouissances accoutumées lors des naissances du premier mâle, héritier de la couronne."

Tout ceci semble être politique, s'inscrire dans la continuité des grands monarques de la dynastie Vasa.

Quand son père fut tué en 1632, sa mère resta des heures prostrée devant la dépouille du roi et refusa de l'enterrer.

Épuisée nerveusement elle rejeta Christine.

Ce n'est qu'en aout 1633 soit un an après, sur l'insistance d'Oxenstierna que le roi de Suède fut enterré au château de Nykoping.

Marie-Éléonore plaça alors le cœur de son époux dans une custode d'or près de son lit.

Elle créa l'ordre de "La fidélité triomphante" qui avait pour emblème un cœur et un cercueil suspendu au cou par un ruban noir. Preuve de sa folie lugubre, elle impose à sa fille de 6 ans de porter le ruban.

Christine à la même période échappe encore de peu à la mort. Elle tombe d'un escalier nous dit-elle qui lui laissera toute sa vie une déformation de l'épaule.

Mais n'est-ce pas là un mensonge ? Une déformation congénitale plutôt ?

 

Marie-Éléonore de Brandebourg, mère folle de christine de suède
Marie-Éléonore de Brandebourg, mère de Christine de Suède

 

Sa mère n'est pas une mère aimante mais plutôt toxique.

 

" Quel nez, quels cheveux foncés ! Quelle peau mate !

De qui tient-elle ? Pas de moi !"

 

Oxenstierna chancelier et tuteur de Christine
Oxenstierna chancelier et tuteur de Christine

 

C'est donc conformément à la prescience de Gustave, qu' Oxenstierna le fidèle compagnon,  s'occupe de l'éducation de Christine vue l'instabilité  psychologique de sa mère qui est dangereuse pour elle même et pour Christine. 

Il confie l'éducation de Christine à la demi-sœur de Gustave,  Catherine Vasa qui élève Christine avec ses 8 cousins.

 

 

 

 

 

Elle lui ressemble d'ailleurs beaucoup.

 

Catherine Vasa de Suède, tante de Christine de Suède
Catherine Vasa de Suède, tante de Christine de Suède

 

Nous connaissons une description de son physique par le duc de Guise qui nous dit "qu'elle mesurait 1.50 M avec une taille fournie et la croupe large, le bras beau, la main blanche et bien faite, mais plus d'homme que de femme, une épaule haute dont elle cache le défaut par la bizarrerie de son habit, sa démarche et ses actions que l'on en pourrait faire des gageures. Le visage est grand, tous les traits sont marqués, le nez aquilin, la bouche assez grande mais pas désagréable, les dents passables, des yeux forts beaux et pleins de feux. Elle a le ton et la voix d'un homme."

Christine est couronnée reine de Suède le 14/03/1633.

Quant à Oxenstierna il s'occupe de faire de Stockholm une vraie capitale, envoie Marie-Éléonore loin de la cour, au château de Gripsholm ou elle se plaint dans des lettres envoyées à sa fille. 

Elle parvient même à s'échapper et trouve refuge chez Christian IV du Danemark, ennemi de la Suède.

 

 

 

Précepteur de Christine Gothus
Précepteur de Christine Gothus

 

A l'âge de 8 ans Christine a pour précepteur Gothus Johannes Matthiae, un éminent professeur d'université qui lui apprend l'allemand, le français, l'italien, le latin, le grec, l'hébreu, l'astronomie, l'histoire, la philosophie... et ce pendant 10 à 12 heures par jour.

Gothus est également et il faut le noter, le porte parole d'une politique religieuse européenne œcuménique. Ce qui aura certainement influencée Christine dans ses choix. 

Un lien fort se tisse entre eux puisqu'elle le surnomme père.

 

 

 

 

Elle étudie également avec Claude Saumaise, Isaac Vossius son bibliothécaire qui lui procure des livres.

Elle connait l'œuvre de propagande de Johannes Mansson dit "Magnus, dernier archevêque catholique de Suède " L'histoire de tous les rois Goths et Suèdois" publié à Bâle en 1544 qui est une biographie commençant par Noé qui serait l'ancêtre direct des Vasa.

En effet, pour Magnus, la Suède a été le premier royaume à surgir de l'eau après le déluge et chose très importante, elle est amenée à diriger le monde !

Il affirme que les rois Suèdois sont les descendants des Goths qui ont conquis l'empire romain.

Il s'est opposé fortement à la réforme luthérienne de son pays et s'est exilé à Rome.

C'est avec Magnus que se produit le réveil nationaliste de la Suède.

Le philosophe et mathématicien Descartes débauché par Oxenstierna à la cour de Fontainebleau va également intervenir dans son instruction. L'ambassadeur de Louis XIV Pierre Chanut organisera le voyage du philosophe jusqu'à Stockholm en 1649.

 

 

Reine de Suède

 

Portrait équestre de Christine - Bourdon 1653
Portrait équestre de Christine - Bourdon 1653

 

Christine est roi de Suède depuis décembre 1644 et victorieuse du Danemark en 1645. Elle est épaulée par les hommes de confiance de son père pour cela.

Elle est passionnée par les langues, l'astrologie, les arts occultes.

Il faut croire qu'elle n'était pas bonne astrologue puisqu'elle prédit à son amant le cardinal Azzolino quelques années plus tard la couronne papale.

Elle correspond avec l'astronome Gassendi, théoricien de l'atomisme, finance des scientifiques à vie comme Cassini Domenico et Stanislas Lubieniecki.

Elle fait venir à sa cour en Suède, lors de la fronde en France des libertins dont Marigny, Cerisantes, Saint-Amand...  

 

Descartes

 

Elle converse de divers sujets avec Descartes à son arrivée en Suède en 1649 mais le courant ne passe guère entre les deux. Elle l'écoute avec plaisir concernant les mathématiques mais ne goûte guère sa philosophie. Elle le trouve imbu de sa personne et vaniteux.

Il est intéressant ici de noter que Descartes avec son élève le père Marin Marsenne s'intéressaient au rose-croix et peut-être n'avaient-ils pas le même engouement à ce sujet que Christine. 

 

Christine de Suède et Descates - Dusmenil
Christine de Suède et Descates - Dusmenil

Christine en robe sombre écoutant une leçon de géométrie de Descartes debout, avec de gauche à droite, le Prince de Condé, La Palatine et le père Mersenne philosophe chrétien, mathématicien qui critiquera les Rose-croix dans un ouvrage "'La vérité des sciences contre les septiques", et qui comme Descartes décédera probablement empoisonné. ( Il demandera d'ailleurs à l'agonie que son corps soit autopsié ) 

 

Et il faut dire qu'elle ne le ménage pas. Outre la froidure du pays, elle le réveille à 5 heures du matin pour leurs discussions qui ont lieu dans une salle non chauffée !

Descartes est déçu de Christine et de sa cour, il dira :

"Sa majesté s'amusait à des bagatelles...J'en avais appris tout mon saoul étant petit mais j'étais bien aise d'avoir tout oublié en l'âge de raisonner."

"Il me semble que les pensées des hommes se gèlent ici pendant l'hiver aussi bien que les eaux."

En janvier 1650, frigorifié il attrape une pneumonie, le Dr Français Rietz est absent, il refuse de se faire soigner par le Dr suédois Van Wullen et meurt le 11/03/1650 à 54 ans.

Van Wullen avec le valet de Descartes Henri Schluter émettront des doutes sur la cause de la mort de Descartes et parleront d'un empoisonnement à l'arsenic.

Thédore Ébert met en cause François Viogué, l'aumonier de l'ambassade de France et missionnaire de la congrégation pontificale de la Propaganda file qui aurait donné au philosophe une ostie empoisonnée le 02/02/1650 puis une deuxième le 08.

Effectivement pour Vioguié, la théologie catholique de la transsubstantiation était incompatible avec la métaphysique de Descartes. Cependant aucune preuve formelle contre lui n'est trouvée.

La mort de Descartes affecte beaucoup Christine, elle fait une dépression, commence a avoir des problèmes circulatoires dans les jambes, fait des abcès variqueux et supporte de fortes migraines avec perte de connaissance.

Empoissonnement ?

On fait alors appel à un médecin de l'université de Paris, le Docteur Pierre Bourdelot qui est attaché à la maison des princes de Condé, l'un des chefs de la fronde. C'est un libertin comme Condé.

Le diagnostic qu'il pose est clair, Christine par manque de divertissement est tombée dans une mélancolie dépressive. Afin d'y remédier, elle doit diminuer son temps d'études, s'aérer au cours de longues promenades et s'amuser. Il organise donc des fêtes, des spectacles, des ballets, des pièces de théâtre au palais. 

 

Un Français, proche de l'ambassadeur Chanut devient également son secrétaire, Antoine de Courtin.

 

 

Christine retrouve la joie de vivre.

 

 

C'est en fin d'année 1651 que Christine appelle à son chevet le Jésuite Paolo Casati car elle veut devenir catholique. Il rapportera que lors de leurs discussions Christine pensait que toutes les religions sont des inventions politiques et que seule la raison permet de mener à bien sa vie.

C'est véritablement à partir de 1651 qu'elle décide d'abdiquer en faveur de son cousin et pour raison de santé fragile mais Oxenstierna se bat pour qu'elle renonce. 

Elle est influencée par des lectures comme "De Natura Deorum" de Cicéron, le "Colloquium Heptaplomeres" du cabaliste Jean Bodin, un ouvrage qui compare les 3 religions monothéiste et conclut sur la nécessité d'un universalisme religieux basé sur la religion la plus ancienne, c'est à dire hébraïque, imposant la tolérance.

Elle appelle à son service Gabriel Naudé en juillet 1652 afin d'organiser sa bibliothèque mais lui aussi est nous dit-on frigorifié par le climat et décide donc de partir car fiévreux. Il décède en juillet 1653. Lui aussi.

Toujours en 1652, elle entame une correspondance avec l'astronome Gassendi, adepte comme elle de l'atomisme et reçoit de Michel le Blond, graveur hermétique un manuscrit du rabbin Menasseh Ben Israel titré "Magia Cabalistica" qui est une évocation angélique traduit de l'hébreu en latin.

 

"Un esprit anime l'univers et se manifeste dans l'individualité de l'homme pour retourner à l'âme du monde."

Elle dépense des fortunes en livres rares, objets d'arts et propose le paiement de ses dettes exorbitantes par les nobles.

 

Antonio Pimentel, l'ambassadeur Espagnol

 

 

En août 1652, Pimentel ( Sicilien charmant dit-on ) l'ambassadeur d'Espagne arrive à Stockholm pour négocier le ralliement de la Suède à l'Espagne contre la France et s'informer d'un éventuel projet de mariage qui pourrait déstabiliser l'Europe.

En effet, la Suède ne l'oublions pas, est un pays puissant avec ses mines de fer et de cuivre nécessaire à la fabrication d'artillerie.

A noter également que l'oncle de Pimentel, Bernardino Rebelledo ambassadeur d'Espagne au Danemark est chargé par le pape Pie IV de ramener la Suède protestante au catholicisme. Pour cela, il compte sur l'influence de Pimentel.

Et en effet, Pimentel  voit secrètement Christine entre août 1652 et juin 1653 dans sa bibliothèque la nuit...

D'ailleurs Madeleine de Scury en 1654 publie un roman intitulé "Artamène ou le grand Cyrus" à ce propos et ne laisse planer aucun doute sur leurs relations.  ( Cléobuline étant Christine )

Le gentilhomme de chambre de Christine, Philippe Boudon de Lassalle est lui aussi formel à ce sujet, oui ils sont amant.

C'est pendant la présence de Pimentel à Stockholm, le 6 janvier 1653, jour de l'épiphanie ou le Christ à reçu la visite des rois mages que Christine crée un ordre de chevalerie : l'Ordre des chevaliers de l'amarante. ( Amarante étant bourg Portugais lié à Pimentel )

Une seule condition pour être membre des chevaliers de l'Amarante : être et rester célibataire.

Pimentel est certainement derrière la création de cet ordre malgré le fait, et ceci est cocasse à souligner, qu'il soit marié et père. Paradoxe.

La majorité des membres se trouvent être dans le camp Hasbourgeois :

  • Fréderic Landgrave de Hesse-Eschwege
  • Jacob de la Gardie
  • Magnus-Gabriel de la Gardie ( fils )
  • Ladislas IV Vasa, roi de Pologne
  • Francesco Morosini, ambassadeur de Venise
  • John Georges de Saxe
  • Class Tott
  • Pierre Chanut, ambassadeur Français ( qui était contre la création de cet ordre )
  • Bernardino de Rebelledo, ambassadeur d'Espagne au Danemark
  • Général Montecuccoli

  Tous les samedi soir à Jakobsdal ou château d'Ulriksdals, les membres se réunissent pour souper et célébrer "La fête des dieux" dans l'heureuse Arcadie du dieu Pan. Tous déguisés en dieu ou déesse païens.

Dieu Jupiter, dieu Mars ( Pimentel ) en Bacchus sur un tonneau pour le chancelier de Pologne ...

Il est dit que ces fêtes finissaient en orgies, en bacchanales.

 

Château de Jakobsdal ou d'Ulriksdals
Château de Jakobsdal ou d'Ulriksdals - 1670

Cet ordre fut dissous en 1656 et sera relancé en 1873 par des francs-maçons.

Christine fonda selon l'ambassadeur d'Angleterre à Stockholm un autre ordre mais celui-ci à caractère éducatif, l'ordre du Parnasse.

 

 Abdication de Christine ou stratégie politique

 

 

 

Elle abdique le 11/02/1654 avec effet le 06/06/1654 au profit de son cousin Charles-Gustave qui lui versera une pension à vie ( 250 000 Thalers de rente annuelle ). Elle a 28 ans.

Il est permis de s'interroger sur les raisons de son abdication.

  • Conviction spirituelle ?
  • Conversion catholique ?
  • Est-elle inconséquente, irresponsable ?
  • Par égoïsme ?
  • Rejet du mariage et de la maternité ?
  • Ou stratégie politique ?

 

Pierre Chanut, l'ambassadeur Français

 

Apparemment l'idée qu'elle abandonne la couronne de Suède a été évoquée en 1646 avec l'ambassadeur Français Chanut lors de ses 19 ans et suite à sa dépression soignée par le Dr Français Bourdelot, le libertin.

En effet, l'idée était que Charles-Gustave devenu roi de Suède restait l'allié de la France et que Christine soit placée sur le trône de Naples.

L'alliance parfaite de deux puissances Européennes face aux Hasbourg.

Et effectivement tout laisse penser que cette stratégie politique d'alliance Franco-Suèdoise ait été savamment orchestrée et mise en place bien avant la date de son abdication en 1654.

La chronologie des faits joue en ce sens :

  • 1647 livraison à Dieppe de 5 navires Suèdois par les frères Duquesne
  • 1647 correspondances de Louis XIV à Christine parlant d'intérêts communs, lesquels ?
  • 1647 cadeau du vaisseau Jupiter à Mazarin
  • 1648 Mazarin offre à Christine des livres rares
  • 1649 Descartes envoyé à Stockholm
  • Cour Française à Stockholm ; intellectuels, artistes mais également des médecins comme Rietz et Bourdelot envoyés à Christine pour la guérir de sa langueur dépressive. Le Dr Bourdelot qui se met à la cuisine pour Christine ( peur de l'empoissonnement comme Descartes?).

 

Christine ne se plaisait pas en Suède qu'elle appelait le pays des ours, elle adorait la France et l'Italie.

Naples, la ville et son université, véritable ruche intellectuelle à cette époque était pour elle une merveilleuse perspective d'avenir. C'était la plus grande ville d'Europe avec 400 000 habitants et elle n'est pas loin de Rome, autre ville prestigieuse. De plus les Napolitains ne supportaient plus les Hasbourg de Madrid.

Mais malheureusement l'Italie est catholique et Christine protestante.

Qu'à cela ne tienne, elle deviendra catholique.

 

Cardinal Mazarin, ministre de Louis XIV
Cardinal Mazarin, ministre de Louis XIV

 

 Elle attend ensuite que la France, c'est à dire Mazarin tienne ses engagements concernant Naples, mais c'est long, trop long pour elle.

 

Elle prend donc contact avec l'Angleterre et l'Espagne et fait des propositions.

 

 

 

 

 

 

 

 

Hambourg

 

Après son abdication, le 06 juin 1654 elle quitte la Suède pour Hambourg ou elle arrive le 13/07/1654 et rencontre le banquier Abraham Ben Israel ou Diego Teixeira de Sampais, un juif marrane à qui elle confie la gestion de ses biens.

Il retournera d'ailleurs au judaïsme en 1647.

C'est chez lui que Christine fait connaissance de sa nièce Rachel, lesbienne.

 

Anvers

 

Elle s'installe à Anvers le 12/08/1654 pour 4 mois chez un riche marchand de change, l’Israélite Fernandino Garcia d'Yllian.

Elle y rencontre Anna Maria Van Schurman, la première femme universitaire d'Europe prônant l'égalité des sexes et le droit à l'éducation des femmes et qui deviendra membre  en 1669 de la secte des Labadistes, secte illuministe ( réforme du monde ).

Elle est accompagné de Fabian de Fersen (l'ancêtre du Fersen favori de Marie-Antoinette qui a organisé la fuite de Varennes ) et fait la rencontre de Frédéric Landgrave de Hesse, Grand prieur de l'Ordre de Saint Jean en Allemagne et cardinal et du cardinal Carlo de Medicis envoyé par le pape.

Elle revoit l'ambassadeur de France Chanut et veut pacifier et obtenir la paix entre la France et l'Espagne. Chanut s'interroge sur les motivations de Christine qui semble se rapprocher de l'Espagne afin d'obtenir le trône de Naples.

 

Bruxelles : Sa conversion catholique

 

Le 23/12/1654 elle quitte Anvers pour Bruxelles ou l'attend l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas Espagnols accompagné d'une foule qui l'acclame.

C'est le 23 décembre 1654 qu'elle se convertit secrètement dans le cabinet de l'archiduc.

Le pape Innocent X jubile mais décède le 10/01/1655, remplacé par le pape Alexandre VII qui exige de garder Christine à Bruxelles jusqu'au 22/11/1655.

Quelles sont les raisons de sa conversion ?

  • Un réel questionnement spirituel ?
  • raison politique, projet œcuménique, paix en Europe ?
  • ou par obligation car elle veut le trône de Naples.

 

A Innsbruck en Autriche à lieu la deuxième conversion en octobre 1655 mise en scène par le pape Alexandre VII. Les protestants et la Suède sont révoltés et la traite de débauchée, il la surnomme la Sémiramis du nord.

Pour les suèdois c'est une trahison, une offense à la dynastie Vasa. 

Encore une fois, Christine est-elle sincère concernant sa conversion catholique ?

Elle écrit le 07/11/1655 à la comtesse d'Avre :

 

"J'ai solennellement renoncé à mes vieilles erreurs pour en embrasser de nouvelles."

 

Christine rosicrucienne ?

 

C'est au début XVII siècle qu' apparaissent en Allemagne des écrits provenant de la fraternité secrète des rose croix.

Christine passionnée d'arts occultes ne pouvait ignorer leurs travaux.

La condition sine qua non pour devenir membre de la fraternité à l'époque était le célibat. Or, Christine l'a toujours revendiquée avec force et a même fondée l'Ordre de l'Amarante avec cette clause indiscutable.

Le bibliothécaire de Christine de juillet 1652 à juillet 1653 ou il décède, Gabriel Naudé s'est beaucoup intéressé au rose croix et a écrit un livre en 1623 sur le sujet "Instructions à la France sur la vérité de l'histoire des frères de la rose croix" qui dit il :

 

Gabriel Naudé, Bibliothécaire de Christine de Suède
Gabriel Naudé, Bibliothécaire de Christine de Suède

 

" Que tous les faux bruits et principalement de cette compagnie sont préjudiciables à tous les royaumes, états et monarchies. "

 

 

"Les rose croix affirment qu'ils sont destinés à accomplir le rétablissement de toutes choses en un état meilleur avant que la fin du monde arrive."

 

On débattait lors de réunion secrète d'alchimie, l'art de transmuter de vils métaux en or, d'astrologie, de numérologie, de Kabbale, de spiritisme...

Les rose croix travaillaient à une réforme sociale et religieuse et s'infiltraient au sein des politiques, des élites afin de peser sur l'avenir du monde selon leurs croyances.

Il n'est pas impossible que le père de Christine, Gustave-Adolphe ait été inspiré par des théories rosicruciennes car en 1623 le rosicrucien Johannes Bureus se fait le promoteur de la légende du roi de Suède en le surnommant Le lion du Nord ayant pour but de sauver le monde protestant.

Il faut dire qu'à cette période le peuple attendait un monarque sauveur du monde.

Il est même fort probable que le roi de Suède Gustave-Adolphe et dont Bureus était le précepteur enfant, fut rosicrucien.

En effet, comment ignorer la présence de l'alchimiste et kabbaliste Johannes Bureus au coté de Gustave-Adolphe tout au long de son existence en tant que précepteur et ensuite conseiller et bibliothécaire royal ?

 

Johannes Bureus, rosicrucien et précepteur et bibliothécaire de Gustave-Adolphe
Johannes Bureus, rosicrucien et précepteur et bibliothécaire de Gustave-Adolphe

 

A la mort de Gustave-Adolphe, Christine n' a que 6 ans mais son instruction est confiée à des proches de Gustave partageant ses croyances rosicruciennes et Christine se révèle être avide de savoir, douée pour les études. Elle semble donc avoir partagé la mission donnée à son père aux vues messianiques.

En 1648 Christine est ravie car les troupes suédoises volent à Prague la bibliothèque et le cabinet de curiosité du roi de Bohème et empereur des romains, riches en ouvrages ésotérique et alchimiques.

En 1651 elle est approchée par le rabbin kabbaliste Menasseh Ben Israel afin de promouvoir la littérature kabbaliste juive.

Plus tard en 1655, Francesco Santinelli le chef des rosicruciens en Italie selon certains historiens ( Rocchi M "Francesco Maria Santinelli alchimista rosacroce" 2016 ) deviendra l'un de ses proches.

 

Rome 1655

 

Après Bruxelles direction Rome en 1655 ou elle rencontre donc pendant une halte à Pesaro les frères Francesco et Ludovico Santinelli danseurs et acrobates accompagné de Giovanni Monaldeschi qu'elle connaît fort bien puisque son Grand-écuyer en 1653.

Elle tombe sous le charme de ses deux Italiens homosexuels et libertins.

Or, Francesco Santinelli est comme nous l'avons vu plus haut, probablement le chef des rosicruciens Italiens. Membre en 1641 de l'académie de décomposition il fonde en 1649 l'académie des Nonchalands.

Il y a donc beaucoup de rosicrucien autour de la reine Christine nouvellement catholique.

 

Francesco Santinelli, chef rosicrucien Italien
Francesco Santinelli, chef rosicrucien Italien

 

Elle reçoit sa première communion le 20/12/1655 de son parrain le pape Alexandre VII.

 

Cardinal Azzolino amant de cristine de suède
Cardinal Azzolino

Elle loge au palais Farnese ou elle rencontre le cardinal Azzolino qui devient son confident et amant.

Il devient le gestionnaire de ses biens car elle a perdu beaucoup d'argent et sa rente annuelle se révèle être un leurre.

Mais Rome n'aime pas les manières et la personnalité de Christine, le pape lui même est gêné de son comportement.

Elle lit les Métamorphoses d'Ovide, rencontre l'alchimiste Athanius Kirchner , visite les musées avec le rosicrucien Francesco Santinelli.

 

 

Comme mentionné plus haut elle n'a plus assez d'argent pour maintenir son train de vie et demande à Francesco de vendre son argenterie et de mettre en gage ses diamants et bijoux. Elle demande même au pape d'être son garant pour un emprunt. Ce dernier méfiant préfère lui offrir des médailles d'or et d'argent.

Sa popularité n'est plus la même. On se méfie de celle qui est devenue catholique, on se moque de cette reine aux lectures et mœurs scandaleuses.  

Des livres apparaissent censés  narrer sa vie sexuelle comme "Histoire des intrigues galantes de la reine de suède."

Le prince de Condé, un libertin notoire et amant de Ninon de l'Enclos dit d'elle :

 

"Une reine qui n'avait que des discours libertins dans sa bouche et qui avait en plus les vices de toutes les nations et de tous les sexes."

 

Voltaire lui même en conclu que la reine est folle et cruelle.

 

France 1656

 

Elle décide de partir en France en août 1656 afin de faire le point sur la question de Naples ou Traité de Compiègne passant par Marseille, Avignon, Paris en septembre ou elle rencontre le roi, Mazarin et le prince de Conti.

Elle promet à la France qu'une fois sur le trône de Naples elle léguera le royaume au duc d'Anjou après sa mort mais Mazarin n'est toujours pas en mesure de répondre à ses attentes.

Reine ruinée, Mazarin lui laisse en compensation une avance de 100 000 livres, fin de non recevoir. 

Le 24/09/1656 elle rend visite à Ninon de l'Enclos célèbre courtisane et amante du prince de Condé enfermée dans un couvent à Lagny sur les ordres du roi Louis XIV. Christine demandera au roi de la libérer, ce qui sera fait en mars 1657.

Le 25/09/1656 elle rend visite à Nicolas Fouquet au château de Vaux le vicomte et dort le soir à Saint Fargeau ou Melle de Montpensier la visite fort tard vers 10 heures le soir. Elle raconte qu'elle  trouve Christine dans son lit avec la tête rasée (?). 

 

 

Pendant son séjour en France les langues se délient et l'on parle de plus en plus non seulement de libertinage mais également d'homosexualité de Christine.

Elle aurait eu parmi ses nombreux amants :

  • Chanut, l'ambassadeur de France
  • Pimentel, l'ambassadeur Espagnol
  • Vossius, son bibliothécaire
  • Monadeschi, favori
  • les frères Santinelli , Francesco chef rosicrucien Italien et Ludovico
  • Charles Gustav Magnus Gabriel de la Gardie
  • Docteur Français Bourdelot...

Le chrirugien Ezechius Surreaux, ami de Bourdelot aurait accouché Christine en 1653 d'une fille née de sa relation avec Gabriel-Magnus selon un Anglais anonyme. Ce qui sera à l'origine de la thèse de Maurice Boutry selon laquelle l'enfant de Christine ( fils ? ) aurait été le masque de fer.

 

Mais on lui impute également comme amante :

  • la comtesse Ebba Lagardie , le premier amour de Gustave-Adolphe et l'épouse de Jacob de la Gardie
  • Rachel Sylva, nièce du banquier Abraham Ben Israel
  • Mme de Thianges, sœur de la Montespan

 

Le Prince Édouard de Bavière écrit :

"Christine aime fort les belles femmes. Elle en trouva une à Lyon.

Elle l'embrassait partout, la gorge, les yeux, le front et même voulait l'embrassait avec la langue et coucher avec elle, ce que la femme ne voulut pas."

 

Quant à parler d'androgynie, d'hermaphrodisme il est certain que plusieurs contemporains y font allusion.

Cependant le XVII siècle est fasciné par l'androgynie, de là à en faire un mythe...

Le duc de Guise nous dit qu'elle met une perruque et un extrait d'un procès verbal du conseil d'état de Suède :

"Il faut reconnaitre et ne pas avoir honte de le dire : Sa majesté ne peut rien comprendre au mariage mais elle a d'excellentes raisons pour cela qu'elle ne peut absolument pas dire, mais elle espère n'avoir nullement à en rougir devant le tribunal de Dieu."

 Christine de Suède, Anna Moretti p 236

 

Cette phrase pose plusieurs interrogations.

Elle ne peut rien comprendre au mariage à cause d'une malformation ( androgyne ? ) ou bien à cause d'une éducation sexuelle libertine ?

 

Pour certains historiens et biographe de Christine dont Anna Moretti, Christine est une libertine d'esprit et non de mœurs. Voir la thèse de Pintard "Le libertinage érudit..." à ce sujet.

Je ne le pense pas, je pense que Christine est une libertine d'esprit ET de mœurs. Trop de témoignages historiques vont dans ce sens.

 

L’historien royal de Suède Arnold Johan Messenius promu par Christine elle même, accuse la reine de mauvaises mœurs, la compare à Jézabel reine vicieuse poussant son peuple à se détourner de l'éternel. Il est décapité en 1651.

 

Pesaro Italie ( 11/1656 à 06/1657 )

 

Sur le chemin du retour à Rome, elle apprend qu'une épidémie de peste sévit dans la ville, elle fera donc une halte de 8 mois à Pessaro. C'est là qu'elle envoie Francesco et Ludovico Santinelli avec Monaldeschi, ses 3 favoris en France auprès de Mazarin pour accélérer et préparer son couronnement à Naples.

Selon l'historienne Anna Maria Partini, le document intitulé "Projet de convention" concernant l’accession du trône de Naples par Christine et signé à Compiègne entre Christine et Mazarin, serait la copie du texte original écrit en Italien.

Mais Naples a été décimé par la peste en 1656 et a perdu beaucoup d'habitants. C'est d'ailleurs de Naples que la peste est partie pour remonter à Rome puis en France par le port de Marseille.

Le projet de prendre le trône de Naples est donc par la force des choses avorté.

Christine reprend la route pour la  France au lieu de rentrer à Rome.

 

Assassinat de Monaldeschi à Fontainebleau

 

En octobre 1657 elle arrive à Fontainebleau.

Elle sait depuis peu que Monaldeshi, un de ses favoris est un traitre qui a informé Madrid de ses projets Napolitains avec la France. 

Le 10/11/1657, Christine se trouve dans la galerie des glaces du château de Fontainebleau avec Monaldeschi, le père Le Bel et Ludovico Santinelli lorsqu'elle le met face à sa trahison en lui lisant des lettres prouvant sa traitrise.

Mais au lieu de demander pardon, Monaldeschi s'entête à nier et accuse Francesco Santinelli qui est rappelons le, probablement le chef Italien des rosicruciens et  l'amant préféré de Christine.

Elle ne veut rien entendre et demande sa mise à mort en quittant la galerie des glaces malgré les suppliques du supérieur du couvent des Mathurins le père Le Bel.

Ludovico, le frère de Francesco se charge de lui transpercé la gorge. Monaldeschi sera enterré en l'église d'Avon, à quelques lieues du château.

Mais connait-on le contenu de ses lettres ?

Non.

Il est dit que Christine était jalouse des maitresses de Monaldeschi, que Monaldeschi amant lui même de Christine était jaloux de Francesco Santinelli et qu'il cherchait à le compromettre pour fait de haute trahison.

Seulement Christine a une totale confiance en Francesco à cette époque.

Pourtant, en 1659 elle attaquera Francesco Santinelli  au tribunal et lui reprochera des malversations, détournements d'argent, abus de confiance.... mais il sera lavé de tout soupçons.

Elle écrira plus tard en 1682 à son secrétaire le comte d'Alibert :

 

"Dites à Heinsius que toutes les fariboles qu'il écrit au sujet de Monaldelschi me paraissent ridicules et téméraires et que je  permets à toute la Wesphalie de le croire innocent, que tout ce qu'on dira m'est fort indifférent."

 

A partir de cet incident la réputation de Christine est salement entachée par ce meurtre. Mazarin et Louis XIV l'éloigne de la cour, elle est persona non grata.

De plus, Mazarin a d'autres projets avec Madrid, il envisage de marier Louis XIV à Marie-Thérèse d'Autriche afin de rapprocher la France et l'Espagne.

Mazarin afin de se débarrasser de l'encombrante personnalité de la reine Christine rembourse sa dette romaine et persuade le pape de lui pardonner.

En mars 1658 elle quitte Paris pour ne jamais y revenir.

 

Rome et le cardinal Azzolino 1658

 

Elle arrive à Rome le 15/05/1658 et comme partout elle est vue comme une meurtrière, une débauchée.

Elle trouve refuge alors chez Mazarin qui possède un palais en face du palais Quirinal, la résidence d'été des papes. Le pape est furieux.

Elle est à l'agonie financièrement et vend son manteau royal en Hermine.

Elle entame un procès contre Francesco Santinelli pour malversation et le perd un an plus tard. Francesco épouse par la suite une riche aristocrate Romaine Anna Maria Aldobrandini accusée d'avoir empoisonné son mari en 1657.

Mazarin mourant, elle est invitée par le cardinal Azzolino à résider en son palais du Riario.

Avec l'abbé Mateo Santini son confesseur, le cardinal Azzolino sont les seuls soutien de Christine à cette période.

Le cardinal devient son amant, son confident, son gestionnaire de biens.

 

Sa situation financière est catastrophique, la Suède en guerre ne garantit plus sa rente, et elle a vendue la plupart de ses objets de valeurs. 

Le pape craint devoir subvenir aux besoins de cette résidente du Vatican. 

En résumé, la reine Christine âgée de 34 ans est une charge pour tout le monde.

Or, le 13/02/1660 le roi de Suède, son cousin Charles-Gustav décède d'une pneumonie, il est âgé de 38 ans.

C'est une aubaine pour elle qui est ruinée et sans trône.

Elle décide de reprendre la couronne qu'elle a abandonnée et se rend en Suède persuadée de son bon droit.

Seulement voilà, le roi laisse un fils de 4 ans héritier de Suède et de plus elle n'est plus protestante mais catholique et les suèdois la déteste ! 

Son ancien amant, Magnus-Gabriel de La Gardie grand chancelier de suède, oncle de Charles XI prétendant au trône lui résiste et lui fait abandonner ses prétentions en lui garantissant ses privilèges financiers.

Avant de retourner à Rome, elle se rend à Hambourg pour régler des affaires d'argent... et prendre la défense des catholiques persécutés et prôner la tolérance religieuse.

 

" Chacun a le droit au libre exercice de sa propre religion, qu'elle qu'elle soit."

 

Le 13/07/1667 Clément IX devient pape et le cardinal Azzolino nommé secrétaire d'état du Vatican.

Christine l'excentrique est à Hambourg, ville protestante rappelons le, pour affaires et donne contre l'avis du magistrat de la ville une fête grandiose en l'honneur de l'élection de Clément IX.

La fête tourne au drame, bilan 8 morts et 20 blessés.

Elle est ingérable, infréquentable pour le pape qui pourtant l'héberge au Vatican. 

N'ayant pas réussi à obtenir le trône de Suède, elle récidive en voulant celui de la Pologne car son cousin Jean II Casimir Vasa abdique lui aussi le 16/09/1668.

Elle est soutenue par le Vatican mais les Polonais n'en veulent pas ! 

Elle rentre alors à Rome ou l'attend Azzolino désormais très proche du pape Clément IX.

Elle crée l'académie Clémentina en son honneur ou les réunions se déroulent au palais Riario.

 

Alchimie au Vatican  

 

Au sein du palais et donc au Vatican sous l’œil du pape et du secrétaire d'état du Vatican Azzolino, elle s'adonne a une de ses passions en se réfugiant dans son laboratoire d'alchimie... 

C'est dans les années 1680 avec son ami le marquis Massimiliano Palombara de Pietraforte qui est l'un des chefs de l'occultisme Italien qu'elle échange  et apprend sur les arts occultes.

Villa Palombara - 1676
Villa Palombara - 1676

Massimiliano ami du cardinal Azzolino est un kabbaliste qui a construit à Rome vers 1679 la villa Palombara aux 5 portes dont chacune était surmontée d'une inscription occulte. 

La Porta Alchemica ou porte magique est l'unique porte encore debout près de la Piazza Vittorio.  

 

La villa Palombara était le siège d'un cercle ésotérique fréquenté par des occultistes dont voici quelque noms :

  • Athanasius Kircher, jésuite et scientifique, professeur de Francesco Borri
  • Le Bernin, artiste peintre, architecte de la place Saint Pierre
  • Francesco Borri médecin, alchimiste
  • Christine de Suède
  • Francesco Santinelli, alchimiste, chef rose-croix Italien
  • Giovani Cassini, astronome

 

Le 27/11/1680 Francesco Borri qui se prenait pour le nouveau Messie aurait assassiné dans la villa Palombara :

  • le marquis lui même, Massimiliano Palombara,
  • Athanasius Kircher
  • et le Bernin 

 

Il est dit que Borri n'était pas d'accord sur la manière de procéder de ses comparses alchimistes. Il était contre la divulgation du savoir et des inscriptions alchimiques sur les portes de la villa au commun des mortels.

Il se serait vengé.

En fuite mais extradé à la demande du pape il fut enfermé au château Saint-Ange ou il mourut en 1695. 

 

Christine deviendra également la protectrice de l'académie des extravagants dont l'emblème est deux palmiers ( les symboles de Christine ), et celle des mixtes d'Orvietto en 1680.

Elle se liera d'amitié avec le comte Giacomo d'Alibert ambassadeur de Louis XIV avec qui elle partage l'amour de la musique et de l'opéra.

 

Christine morte empoisonnée ?

 

 

Elle terminera sa vie entourée de libertins, d'alchimistes, de savants, d'artistes et de musiciens sous les yeux du secrétaire d'état du Vatican, son amant et confident Azzolino. 

Officiellement elle meurt d'un érysipèle dont elle souffrait depuis des années du à sa mauvaise circulation sanguine le 19/04/1689.

Mais pour Madame de Sévigné, c'est le cardinal Azzolino, son amant et confident qui lassé de ses excentricités décide de l’empoisonner.

Le fait est que le cardinal ne lui survivra qu'un mois. 

Elle repose et c'est là chose étrange et paradoxale, elle la protestante aux mœurs scandaleuses et alchimiste déclarée au yeux de tous, au Vatican dans la crypte de la basilique Saint Pierre à Rome.

Pourquoi ?

 

Tombe au Vatican de Christine de Suède, reine et alchimiste
Tombe au Vatican de Christine de Suède, reine et alchimiste

Source :

 

  • Christine de Suède, Anna Moretti, Docteur en sciences de l'art 
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