Chemin de traverse
Le pape Boniface VIII est connu pour avoir été accusé d'hérésie, de simonie, de duplicité et d’impudicité par le roi de France Philippe IV le Bel, son conseiller Guillaume de Nogaret et son garde des sceaux Pierre Flotte.
Boniface est né vers 1235 en Italie à Agnani dans le Latium.
Son nom véritable était Benedetto Caetani et sa famille était originaire de Catalogne.
Il étudie le droit à Bologne et devient chanoine de Paris et de Lyon avant de devenir le notaire du pape Innocent IV à Rome puis Pape suite à la renonciation au pontificat du pape Célestin V.
Il fut également légat de Martin IV en Sicile et au Portugal.
Avant de devenir pape il était déjà propriétaire d'un patrimoine foncier conséquent.
La renonciation du pape Célestin V fit grand bruit à l'époque puisque ce pape considéré comme un Saint ( expérience érémitique ) à peine élu le 05/07/1294 renonce à son pontificat en décembre de la même année.
Les raisons officielles de sa démission seront l’incapacité physique et intellectuelle de soutenir la charge de son pontificat.
Ainsi, l'acte de renonciation sera rédigée le 13/12/1294 par le futur pape Boniface VIII au Castel Nuevo à Naples.
Boniface VIII prend donc sa place et devient pape le 24/12/1294.
Cette soudaine démission est vivement critiquée par le mouvement des spirituels dont faisait partie Célestin V ( ce pape était un Bénédictin fortement influencé par les idées de Joachim de Flore qui prédisait la venue à Rome de l'antichrist et la fin de la hiérarchie ecclésiastique corrompue ) puis par les Gibelins de la famille Colonna ainsi que par le roi de France Philippe le Bel.
Ils accusent Boniface VIII d'avoir usé de sorcellerie et d' avoir obligé Célestin V à abandonner sa charge de pontife.
Boniface VIII pour éviter toute contestation décide d'emprisonner l'ancien pape Célestin V ( qui avait tenter de fuir en Grèce ) au château de Fumone en Campanie ou il mourra 10 mois plus tard à l'âge de 80 ans.
Suite à cela il excommunie la famille Colonna, met l'interdit sur le royaume du Danemark.
Les contemporains de ce pape le décrivait comme un homme d'une grande intelligence, érudit mais très orgueilleux et ambitieux. Coléreux et excessif.
Il est l'auteur de la bulle Unam Sanctam de 1302 qui déclare la primauté du spirituel sur le temporel. Le pape prétend ainsi disposer des trônes et des archevêques. Auparavant les rois de France se pliaient plus ou moins aux exigences papales mais avec Philippe le Bel c'est la rupture.
C'est d'ailleurs pour limiter les droits de ce pape que Philippe le Bel édite une ordonnance le 08/12/1301 contre les excès de l'inquisition. Ainsi la lutte contre les hérétiques sera dorénavant placé sous l'autorité des évêques et non du pape.
Cette ordonnance était destinée à limiter Boniface VIII dans son combat contre le mouvement des spirituels Franciscains ( Joachim de Flore... )
Mais la colère du roi éclata lorsque Boniface VIII ordonna au roi de lui remettre l'évêque de Pamiers ( près de Toulouse ) Bernard Saisset afin que lui seul décide de son sort.
Ce Bernard Saisset avait tenu des propos injurieux en 1301 envers le roi Philippe le Bel en contestant sa légitimité et en le traitant de faux monnayeur ( le roi fit dévaluer la monnaie plusieurs fois, les caisses du royaume étaient vides depuis son arrivée sur le trône et il y eut de fortes périodes de sécheresse mauvaises pour les récoltes voir ici ) ce qui l'avait conduit a être arrêté et remis à la garde de l'archevêque de Narbonne jusqu'à son procès.
Boniface VIII poussa même la provocation à éditer une bulle "Ausculta fili" dans laquelle est écrite :
Le roi hors de lui, brule cette bulle.
Les adversaires de Boniface VIII le traite d'hérétique. Selon eux c'est un érudit s'intéressant à l'astrologie, l'alchimie et la magie. En effet, nous savons qu'Arnault de Villeneuve, grand savant de son époque et médecin mais également alchimiste avait soigné le pape en 1301 de son calcul rénal en lui offrant un talisman magique, talisman planétaire à l'effigie d'un lion.
Mais on l'accuse également de simonie ( vente de biens spirituels, place au paradis ), de débauches.
Et même un homme d'église s'y met avec Gilles Aycelin, l'archevêque de Narbonne qui l'accuse d'avoir plusieurs enfants de ses deux dernières nièces mariées.
Le 13 et 14 juin 1303 se tient les états généraux avec la deuxième assemblée au château du Louvre avec 40 prélats qui accusent le pape Boniface VIII de sodomie, d'hérésie, d’idolâtrie et d'avoir incarcéré et fait mourir l'ancien pape Célestin V. Parmi eux Guillaume de Plassian, le comte de Saint Pol, et le comte de Dreux.
Il est à noter que lorsque les états généraux furent dissous, le roi demanda l'avis des absents concernant Boniface VIII. Or, toutes les corporations, les évêques, tous les ordres monastiques approuvèrent la décision excepté parait-il l'ordre de Citeaux ( ordre monastique relié à l'ordre des templiers ).
Le roi demanda alors la réunion d'un concile à Lyon pour juger le pape.
Et c'est le 08/03/1303 que le conseiller de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret accompagné des hommes de la famille Colonna ( le Gibelins excommunié par le pape ) se présente au palais d'Anagni de Boniface VIII afin de le ramener à Lyon. Volant au passage les trésors de son palais.
Nogaret signifia donc au pape qu'il devait le suivre pour être jugé.
Ce à quoi ce dernier répondit :
"Je me consolerai aisément d'être condamné par des patarins."
Provocateur jusqu'au bout puisqu'il visait directement Nogaret qui avait un ancêtre patarin, c'est à dire un cathare brulé lors de la croisade Albigeoise.
Ils le firent prisonnier en sa demeure pendant deux jours mais furent obligés de s'enfuir car chassés par le neveu du pape et ses troupes.
Boniface se réfugia ensuite à Rome mais mourut un mois après le 11/10/1303.
Dante dans "La divine comédie" place Boniface VIII en enfer au coté des simoniaques mais prend pour guide dans l'Empyrée Saint Bernard de Clairvaux chargé d'écrire la règle et les statuts de l'ordre du temple .